Conakry – Kankan – Coyah. Dans une Guinée en otage, les projecteurs judiciaires se braquent sur l’affaire Singleton, artiste populaire impliqué dans un homicide involontaire.
Mais ce simulacre de justice n’est qu’une forêt touffue, soigneusement dressée pour masquer un crime autrement plus grave : celui du beau-frère du chef putschiste, accusé d’avoir battu à mort un jeune homme… pour un simple poulet.
Une mise en scène judiciaire
À Coyah, le procès de Singleton occupe les écrans, nourrit les débats, donne au régime des airs de sérieux et de rigueur. On parle de « justice », de « réparation », de « société apaisée ». Pourtant, derrière ce rideau bien orchestré, se cache une autre réalité : un meurtre atroce, commis en plein cœur de Kankan, par un homme protégé par son lien de sang avec la famille présidentielle.
Le drame de Kankan : un poulet pour prix du sang

Le fait divers glace le sang.
Dans le quartier Briqueterie de Kankan, le grand frère du mari d’Aïcha Doumbouya – la sœur du putschiste – surprend un jeune accusé de vol de poulet. Plutôt que d’appeler les autorités, il décide de « rendre justice » lui-même. Après avoir contacté le père de la victime pour lui dire que ce serait « son dernier vol », il passe à l’acte. Le jeune est roué de coups, battu jusqu’à ce que vie s’éteigne. Le corps est ensuite abandonné dans une cour voisine.

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Un meurtre prémédité, un crime de sang, maquillé par une version officielle grotesque : selon la sœur du putschiste, ce serait la foule qui aurait lynché le jeune. Une tentative désespérée pour étouffer l’affaire, étirer un voile de mensonge sur une vérité qui dérange.
La justice à deux vitesses
Deux poids, deux mesures :
• Singleton : un artiste jugé, exposé, présenté comme symbole d’un État de droit renaissant.
• Le beau-frère du président : un assassin protégé, dissimulé derrière la raison d’État, exonéré de toute responsabilité.
Comment parler de « justice boussole » quand les proches du chef échappent à ses aiguillons ? Comment parler d’égalité devant la loi quand le meurtre prémédité d’un citoyen par un membre de la famille présidentielle est relégué au silence, tandis qu’un accident tragique occupe les unes ?
Le vrai procès attendu
Le seul procès qui pourrait véritablement prouver la sincérité de Mamadi Doumbouya dans son slogan creux de « justice ou rien », c’est celui de son beau-frère assassin. Tant que ce crime restera impuni, tant que ce sang sera balayé sous le tapis, aucune mise en scène judiciaire ne pourra masquer la réalité : la loi n’est qu’une arme sélective, un théâtre macabre où la justice se joue mais ne s’exerce pas.
Par le chasseur de vérité