Doumbouya déploie l’architecture administrative de sa guerre contre les « commandos invisibles » : le signe que le régime passe à l’étape de confrontation directe.
La mise en scène institutionnelle comme prélude aux opérations : l’histoire militaire montre que les régimes autoritaires convoquent de tels conseils juste avant de lancer une offensive.
Au Palais Mohamed V de Conakry, le général Mamadi Doumbouya a présidé ce lundi 18 août la première session du Conseil Supérieur de Défense Nationale (CSDN), élargi à la Commission Nationale de Défense et de Sécurité. L’événement, présenté comme une étape clé dans la refonte de l’appareil sécuritaire, a réuni le général Amara Camara et plusieurs hauts gradés de l’armée, dans un climat chargé de tensions internes.
Derrière l’apparat protocolaire, le message est limpide : le CNRD formalise une architecture militarisée de commandement destinée à coordonner la traque des « commandos invisibles », ces factions dissidentes qui refusent de plier devant l’autorité du régime.
Deux dynamiques se dessinent :
1. Un dispositif politico-militaire pour donner une légitimité institutionnelle à la guerre interne.
2. Un aveu de fragilité, car l’ennemi n’est pas extérieur mais issu du corps armé lui-même, révélant les fractures profondes de l’armée nationale.
En Guinée, le contexte parle de lui-même :
• un commando dissident, les « invisibles » de Verni Pivi, resté hors de portée depuis deux ans ;
• un régime putschiste qui envoie en vain ses unités en forêt pour les traquer ;
• une méfiance généralisée dans les casernes.
La convocation et l’élargissement du Conseil Supérieur de Défense ressemblent à une préparation d’affrontement.

- Advertisement -
Pourquoi ?
• Parce que l’ennemi est identifié mais insaisissable. Chaque échec à le neutraliser mine l’autorité de Doumbouya, et le Conseil sert à reconstruire une unité de commandement avant un nouvel assaut.
• Parce qu’une guerre d’usure devient une guerre ouverte. La rumeur, la peur d’un coup de force, et la proximité de dates symboliques comme le 5 septembre créent une pression psychologique.
Ce Conseil sert donc à :
• légitimer la décision,
• couvrir juridiquement les arrestations et opérations,
• souder les généraux derrière une ligne de commandement unique.
C’est clair comme de l’eau de roche : cette convocation précède un affrontement frontal. Pas forcément une guerre longue et déclarée, mais un choc militaire localisé : déploiement massif, embuscades, assauts en forêt, voire combats internes entre unités loyales et dissidentes.
Tout indique une séquence de violence ciblée contre les « invisibles », avec des risques de débordements , exécutions sommaires, règlements de comptes internes.
Ne soyons pas aveugles : le putschiste prépare une guerre. Une guerre qui, tôt ou tard, risque de l’emporter dans le cimetière des dictateurs.
Par Siba Beavogui