Présenté comme un pilier de la politique sociale guinéenne, le Fonds de développement social et de l’indigence (FDSI) est aujourd’hui au cœur de lourdes accusations de détournement de fonds publics, d’enrichissement personnel présumé et de manipulation de l’action sociale.
Au centre de ces soupçons : la gestion des ressources allouées à la mise en place du Registre social unifié (RSU), un outil stratégique censé identifier et protéger les populations les plus vulnérables du pays.
Notre rédaction a recueilli plusieurs témoignages concordants, ainsi que des éléments troublants, qui interrogent profondément la gouvernance du FDSI depuis 2022.
Le RSU : un projet stratégique vidé de sa substance ?
Le Registre social unifié devait permettre à la Guinée de disposer d’une base de données fiable sur les ménages pauvres, condition essentielle à une politique sociale efficace, transparente et équitable.
Or, selon des sources internes et des observateurs du secteur social, les procédures techniques et méthodologiques requises pour un RSU crédible n’auraient pas été respectées.
Malgré des financements évalués à plusieurs milliards de francs guinéens, le registre mis en place serait, selon ces témoignages, incomplet, peu fiable, voire artificiel, compromettant ainsi son utilité réelle.
« Le RSU existe sur le papier, mais pas dans la rigueur technique exigée par les standards internationaux », affirme une source proche du dossier.
Des soupçons d’enrichissement personnel
Parallèlement aux dysfonctionnements présumés du RSU, le patrimoine immobilier du directeur général du FDSI, Lansana Diawara, alimente les interrogations.
Depuis 2022, celui-ci se serait constitué, selon nos informations : un vaste domaine à Coyah, ainsi que plusieurs maisons à Kamsar.
Des acquisitions que certaines sources jugent disproportionnées par rapport à ses revenus officiels, et qu’elles lient à une utilisation abusive de fonds destinés aux programmes sociaux.
Des transactions en espèces évoquées
L’un des témoignages les plus sensibles recueillis par notre rédaction concerne un épisode survenu en avril 2023.
Un témoin affirme avoir assisté à une scène au cours de laquelle un émissaire chargé de travaux de construction aurait présenté à Lansana Diawara l’état d’avancement d’un chantier, évaluant à 360 millions de francs guinéens le montant nécessaire pour achever les travaux.
Toujours selon ce témoignage, 250 millions de francs guinéens en espèces auraient été remis à l’émissaire sur place.

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Ces déclarations, que nous n’avons pas pu vérifier de manière indépendante à ce stade, posent néanmoins la question de la traçabilité des fonds publics.
Une action sociale qualifiée de “vitrine”
Autre axe majeur des accusations : la nature même des activités du FDSI sur le terrain.
À chaque déplacement officiel du gouvernement à l’intérieur du pays, le FDSI organiserait des opérations ponctuelles de prise en charge sanitaire, présentées comme humanitaires.
Mais selon plusieurs sources, ces actions relèveraient davantage de la communication politique que d’une politique sociale durable. « Le FDSI ne fonctionne plus comme un outil au service des indigents, mais comme une vitrine destinée à convaincre la hiérarchie que tout va bien », confie un acteur du secteur social.
Pressions, silences et soupçons d’achat de conscience
Les accusations prennent une dimension encore plus grave avec les allégations de pressions financières destinées à faire taire les critiques.
Selon nos informations, des journalistes ayant évoqué, lors d’une émission télévisée, des soupçons de gestion frauduleuse du FDSI ne seraient jamais revenus publiquement sur ce dossier.
Par ailleurs, certaines sources évoquent : des dépenses importantes auprès de réseaux d’influence, des soutiens politiques proches du pouvoir, et même des pratiques mystiques dans le but de garantir le maintien du directeur général à la tête du FDSI et de masquer d’éventuels détournements.
Un fonds détourné de sa mission ?
Créé pour venir en aide aux plus démunis, le FDSI est aujourd’hui décrit par ses détracteurs comme un instrument détourné au profit d’intérêts personnels, au détriment des populations indigentes.
Si ces accusations venaient à être confirmées, elles constitueraient un scandale majeur de gouvernance publique, portant atteinte à la crédibilité des politiques sociales guinéennes et à la confiance des partenaires techniques et financiers.
Absence de poursuites judiciaires à ce stade
Il convient de rappeler qu’à ce jour, aucune décision judiciaire définitive n’a été rendue concernant ces accusations.
Les faits rapportés reposent sur des témoignages et des informations recueillies par notre rédaction, qui poursuit ses investigations.
Notre rédaction continue de recueillir documents, témoignages et expertises afin de faire toute la lumière sur la gestion du FDSI et du Registre social unifié.
Par Azözöye Bangoura