Sur les cinq dernières années, la société MOBINEK s’est imposée comme l’un des acteurs les plus puissants et les plus énigmatiques du secteur des marchés publics en République de Guinée. Une ascension fulgurante, marquée par une concentration exceptionnelle de contrats publics, une prédominance de procédures dérogatoires et une quasi-absence de contribution fiscale, sous la protection de certains hommes influents du régime en place.
D’après les données analysées, MOBINEK a obtenu plus de 1 189 milliards GNF des marchés publics de gré à gré surfacturés , attribués dans des conditions opaques et sans aucun respect des procédures légales.

soit l’équivalent d’environ 140 millions de dollars américains. Ces contrats couvrent un large éventail d’infrastructures publiques :
construction d’écoles, réhabilitation de centres de recherche agronomique, infrastructures communautaires, prisons et centres pénitentiaires, éclairage public, fourniture de 1 600 kiosques à la LONAGUI, acquisition de véhicules pour un ministère. Les seuls trois plus gros contrats représentent à eux seuls des montants considérables : Centre pénitentiaire moderne de Yorokoguia : 998,9 milliards GNF.
Travaux d’éclairage public à Boffa : 71 milliards GNF
Contrat additif de réhabilitation pénitentiaire : 69,1 milliards GNF.

Cette concentration de projets stratégiques et à forte valeur financière positionne MOBINEK comme un acteur omniprésent dans des secteurs habituellement réservés aux entreprises les plus expérimentées du pays. L’élément le plus troublant réside dans la chronologie : 96,61 % du montant total des marchés obtenus par MOBINEK l’ont été dans les deux dernières années.

Jamais, dans l’histoire récente des marchés publics guinéens, une société aussi jeune créée en 2016 n’a enregistré une croissance aussi rapide, concentrée dans un laps de temps aussi restreint.
La quasi-totalité des marchés octroyés à MOBINEK relèvent de procédures : de gré à gré, ou de consultations restreintes, c’est-à-dire des formules échappant à la concurrence ouverte et à la transparence attendue des appels d’offres publics.
Cette surreprésentation de contrats non concurrentiels a alimenté de nombreuses suspicions, d’autant que l’entreprise est réputée être proche de certains membres influents du CNRD.

Selon plusieurs sources, MOBINEK serait fortement soutenue par Ousmane Doumbouya, conseiller du Chef de l’État, présent dans plusieurs circuits de décision sensibles. La proximité du propriétaire de MOBINEK avec ce cercle restreint de la présidence influence considérablement sur la neutralité de l’attribution des marchés.
Malgré ces contrats faramineux, les investigations montrent que MOBINEK ne paierait quasiment aucun impôt en Guinée, à l’exception de la RTS sur salaires.

Cette absence de fiscalité étonne, voire choque, compte tenu des sommes massives en jeu.
D’autant plus que chacun de ces marchés est attribué TTC, incluant une TVA de 18% qui devrait mécaniquement être reversée à l’État.

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Pourquoi une société manipulant plus d’un trillion de GNF sur des marchés publics ne contribuerait-elle presque pas au Trésor public ?
Plusieurs hypothèses sont évoquées : dérogations fiscales dissimulées, optimisation agressive, organisation comptable opaque,
surfacturations … L’ensemble de ces éléments confirme des pertes pour l’État, évaluées à plusieurs centaines de milliards de GNF.

Le propriétaire de MOBINEK, Mohamed Binet Keita, né à Siguiri en 1988 et présenté comme un jeune entrepreneur ambitieux, a créé son entreprise en 2016. Toutefois, c’est à l’arrivée du CNRD en 2021 que MOBINEK a véritablement « trouvé son envol ».
L’un des faits marquants de sa trajectoire récente est le rachat en mai 2024 d’une société française, ZAK BAT, qu’il a immédiatement renommée MOBINEK, pour un capital symbolique de 2 000 euros.
Cette acquisition traduit-elle une véritable ambition d’expansion internationale ?
Ou cache-t-elle plutôt des opérations de blanchiment, de mobilisation bancaire offshore, ou de justification artificielle de flux financiers provenant des marchés publics guinéens ?
Les experts en conformité notent que le rachat d’une structure française, même modeste, peut faciliter l’ouverture de comptes en Europe, et la création de facturations croisées et la sortie discrète de capitaux.
L’attribution de projets aussi sensibles et techniques (constructions carcérales, infrastructures agricoles, éclairage public, équipements communautaires) à une entreprise dépourvue d’expérience démontre une anomalie flagrante : MOBINEK n’a ni les compétences, ni les équipements, ni l’expertise humaine pour mener à bien de tels travaux.

Aucune communication publique de l’entreprise, aucun bilan, aucune vitrine technique claire ne permet aujourd’hui de répondre à cette question.
L’opacité semble être la norme.
L’affaire MOBINEK dépasse le simple cadre des marchés publics. Elle pose des enjeux nationaux : Transparence des finances publiques,
Équité dans la commande publique,
Lutte contre la corruption et le clientélisme,
Crédibilité des institutions de contrôle,
Évasion et fraude fiscales potentielles,
Conflits d’intérêts au sommet de l’État.
Il s’agit là d’un scandale d’État aux conséquences politiques et financières majeures.
L’analyse des données montre une entreprise :
ayant obtenu un volume disproportionné de marchés, dans un délai anormalement court,
sans mise en concurrence, sans contribution fiscale significative, et bénéficiant potentiellement de protections politiques puissantes.

MOBINEK est aujourd’hui l’un des symboles les plus frappants de la reconfiguration opaque des marchés publics en Guinée.Utilisées par des cadres influents de la présidence, ces pratiques servent à faciliter des détournements via des marchés de gré à gré massivement surfacturés.
Dans notre prochaine publication, nous apporterons des preuves concrètes sur la réalité des prestations, la traçabilité des fonds, les mécanismes opaques d’attribution des marchés et les responsabilités institutionnelles engagées.
Affaire à suivre…
Source : Abdoul Latif Diallo
Journaliste d’investigation