L’heure est à la vigilance. Alors que les rumeurs d’une raréfaction des billets de banque se propagent dans les marchés comme dans les foyers, une réponse simpliste semble émerger : imprimer davantage de monnaie pour combler le manque. Une solution de facilité, certes… mais aux conséquences potentiellement lourdes.
L’illusion d’une richesse imprimée
Céder à la tentation de faire tourner la planche à billets pour pallier un déficit de liquidités physiques relève d’un dangereux mirage. En économie, la monnaie n’est pas la richesse elle n’en est que le reflet.
• Le spectre de l’inflation : Lorsque la masse monétaire augmente plus rapidement que la production de biens et de services, la valeur de la monnaie diminue. Chaque franc guinéen perd alors de son pouvoir d’achat. Une mécanique implacable.
• La dépréciation monétaire : Une monnaie abondante mais sans contrepartie économique solide s’affaiblit face aux devises étrangères comme le dollar ou l’euro. Résultat : des importations plus chères et une pression accrue sur le coût de la vie.
Liquidité ou pénurie de billets : ne pas confondre
Il est essentiel d’écouter avec attention les propos du Gouverneur de la Banque Centrale de Guinée : le pays ne souffre pas d’un manque de liquidités, mais d’un problème de disponibilité physique des billets.
La nuance est capitale. La liquidité existe dans le système bancaire ; ce qui fait défaut, c’est sa circulation. Thésaurisation, mauvaise distribution, usure des petites coupures… autant de facteurs qui créent une tension artificielle. Dans ce contexte, imprimer de nouveaux billets n’est pas une nécessité technique, mais un choix politique qui doit rester exceptionnel.
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Le triangle de la solution : État – Banques – Opérateurs
La sortie de crise ne se trouve pas dans les imprimeries monétaires, mais dans une action coordonnée :
1. L’État : instaurer la confiance et accélérer la digitalisation des paiements pour réduire la dépendance au cash.
2. Les banques commerciales : fluidifier l’accès aux fonds et promouvoir activement les moyens de paiement électroniques.
3. Les opérateurs économiques : réinjecter les liquidités dans le circuit bancaire formel au lieu de les immobiliser, contribuant ainsi à résorber la pénurie.
Ma Conclusion : choisir la rigueur plutôt que la facilité
Imprimer de la monnaie pour résoudre un problème de circulation revient à traiter les symptômes en ignorant les causes profondes. C’est ouvrir la porte à une inflation rampante et fragiliser davantage notre économie.
Ma conviction est claire : protéger notre monnaie, c’est protéger notre avenir. Refusons les solutions hâtives. Privilégions la discipline, la transparence et la responsabilité collective.
Par Mohamed Koket Camara, journaliste engagé et observateur de la scène économique
Par Mohamed Koket Camara, journaliste engagé et observateur de la scène économique