Conakry – Enquête spéciale. Derrière les pompes à essence de la capitale et les coupures récurrentes d’approvisionnement, un mécanisme implacable se met à nu : la Société nationale des pétroles (SONAP), censée garantir l’indépendance énergétique du pays, est devenue depuis 2021 le poumon financier occulte du régime militaire. Selon des documents confidentiels consultés par notre rédaction, près de 1,44 milliard de dollars auraient été siphonnés en quatre ans à travers un système de surfacturation et de rétrocommissions verrouillé par le palais M5.
Une succession de directeurs compromis
Depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, la SONAP a vu se succéder plusieurs directeurs généraux, tous nommés par décret présidentiel.
• Amadou Doumbouya (2021–2024) : installation des premiers réseaux parallèles et signature de contrats sans appel d’offres.
• Moussa Cissé (avril–septembre 2024) : institutionnalisation de la surfacturation, avec des écarts records allant jusqu’à 35 USD par baril.
• Dr Lanciné Condé (depuis septembre 2024) : maintien du système comme « caisse noire » au profit des forces de sécurité.
• Fama Bangaly Soumaoro, DGA depuis mars 2025 : relais discret entre le palais et les fournisseurs.
Chaque nomination, loin d’assainir la gestion, a renforcé l’emprise politique sur la société.
Le mécanisme du vol
Le stratagème, simple mais redoutable, repose sur :
1. Des fournisseurs désignés sans appel d’offres.
2. Des factures gonflées de 20 à 40 USD par baril.
3. Un comité occulte de rétrocommission directement lié au palais.
4. Une redistribution vers des alliés civils, communicants et surtout les forces spéciales, garantes de la survie du régime.
En 2025, le baril payé 110 USD alors que son prix réel était de 80 USD, sur un volume annuel de 9 millions de barils, a généré un détournement de 270 millions de dollars en une seule année.
Des facteurs systémiques

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Les causes profondes du scandale se résument en quatre points :
• Nomination politique des dirigeants, transformant la SONAP en butin de guerre.
• Audits fictifs et absence de contrôle externe, rendant tout traçage impossible.
• Marchés noirs parallèles, alimentés directement par la SONAP elle-même.
• Blanchiment international, via Dubaï, le Liban et la Chine.
Un cadre interne confie : « Tant que la SONAP restera sous l’emprise du palais M5, elle ne sera pas une entreprise publique au service de la nation, mais une caisse noire au service d’un régime. »
Impact économique et politique
Les conséquences pour l’économie nationale sont dramatiques :
• Une perte annuelle estimée entre 180 et 360 millions de dollars, soit l’équivalent de plusieurs budgets ministériels.
• Des stations-service plongées dans le chaos, entre ruptures artificielles et spéculation.
• Une captation militaire qui renforce la répression politique.
Un système verrouillé
Depuis 2021, chaque tentative de réforme a été étouffée. Les directeurs successifs, loin de combattre la corruption, n’ont fait que perfectionner le système. La SONAP, censée être le moteur énergétique du pays, s’est transformée en machine à financer la survie du pouvoir militaire.
Avec près d’1,44 milliard de dollars disparus, le scandale SONAP pourrait bien s’imposer comme l’un des plus grands détournements de l’histoire récente de la Guinée.
Par le chasseur de vérité