Ce n’est pas la médiocrité des bétails politiques qui rend l’événement morose. Le problème n’est pas l’offre politique. Le problème, c’est le candidat que le peuple refuse d’aimer.
On peut acheter des foules, louer des clameurs, recruter des stratèges et saturer l’espace médiatique. Mais l’amour d’un peuple ne se monnaye pas. Il se mérite, il se construit, il se consent.
La présidentielle guinéenne vient de l’apprendre à ses dépens : quand l’adhésion manque, l’argent échoue ; quand la légitimité fait défaut, la popularité devient impossible. Le silence des rues, l’indifférence des quartiers, la froideur de l’intérieur du pays ne sont pas des accidents de campagne. Ils sont le verdict.
Un scrutin peut être organisé.
Une victoire peut être proclamée.
Mais l’amour, lui, ne se décrète jamais.
On ne force pas l’amour. Et la Guinée en offre aujourd’hui la démonstration la plus crue. Nous vivons un moment historique : pour la première fois dans notre trajectoire politique, l’argent a échoué à dompter l’opinion. Les consciences ont été achetées, les maîtres de la propagande recrutés, les faiseurs de rois mobilisés, les milliards déployés comme une armée… mais le peuple, lui, est resté hors de portée.
Le putschiste Mamadi Doumbouya n’a pas conquis la Guinée. Il l’a contournée.
Depuis le lancement de sa campagne de parjure, les rues de Conakry se sont tues. Non par adhésion, mais par rejet. Les Guinéens n’ont pas boudé le scrutin : ils l’ont craché. Et le plus accablant, c’est que cette vérité n’est même plus contestée dans son propre camp. En privé, ils le reconnaissent. En silence, ils l’admettent. L’amour ne se fabrique pas à coups de billets.

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Un peuple ne confie pas son destin à un homme qui a peur d’aller dans les quartiers.
Un candidat qui redoute l’intérieur du pays ne peut prétendre incarner la Nation.
Celui qui doute de sa propre sécurité ne saurait garantir celle de la République.
Le pouvoir n’est ni un costume ni un décor électoral. C’est une charge sacrée, fondée sur la vertu, la légitimité et le consentement. Il ne tolère ni la tricherie originelle ni la violence fondatrice. Si tu le prends dans le sang, il te chassera dans le sang. C’est une loi implacable du pouvoir, un code ancien que même une élection truquée ne peut absoudre.
Doumbouya n’a pas l’étoffe d’un président.
Et l’Histoire n’accorde jamais de seconde chance à ceux qui confondent la force avec l’autorité.
La présidentielle peut se proclamer aimée.
Le pouvoir peut s’autocélébrer, se voter des chiffres et s’applaudir lui-même.
Mais le peuple, lui, ne répond pas.
C’est toute la tragédie de cette élection : un « je t’aime » lancé d’en haut, et un « moi non plus » qui monte d’en bas.
Un dialogue rompu. Une relation sans consentement. Une légitimité sans amour.
On peut gouverner par la force, organiser des scrutins, aligner des communiqués.
Mais on ne dirige jamais durablement un peuple qui ne vous aime pas.
Et quand l’Histoire se retourne, elle ne demande ni résultats officiels ni pourcentages :
elle écoute une seule chose le silence de ceux qui n’ont pas répondu à l’appel.
Par le chasseur de vérité