Présidentielle 2025 – 257 000 femmes de la Forêt auraient payé la caution du parjure : le mensonge de trop ?
Quand un pouvoir se cache derrière les femmes, c’est qu’il a déjà perdu la bataille de la vérité ; bientôt, il perdra celle de la légitimité.
Dire que les femmes de la Forêt ont payé 900 millions comme caution pour la candidature du parjure prétentieux revient à affirmer que 257 000 d’entre elles auraient effectivement versé de l’argent. La présente enquête démonte, pièce par pièce, ce mensonge d’État qui ne repose sur aucune base comptable ni juridique. Embarquez et décollons dans les entrailles d’une fourberie indélicate et médiocre, facile à démanteler dès que la raison, la démographie et la logique financière s’en mêlent.
Selon l’UNICEF, la Guinée forestière compte 1 578 030 habitants, dont 815 749 femmes. D’après les données démographiques nationales (RGPH 2014 et projections INSTAT 2022), environ 55 % de la population guinéenne a moins de 18 ans, soit une majorité inéligible au vote. En appliquant ces proportions à la région forestière, environ 45 % des femmes sont majeures, soit près de 367 000 électrices potentielles.
En divisant la caution présidentielle de 900 000 000 GNF par ces 367 000 femmes majeures, l’effort individuel supposé ne dépasserait pas 2 450 GNF par femme, à peine la valeur d’un en cas de rue.
Selon l’Organisation internationale du travail (OIT, 2022), le taux d’activité des femmes de plus de 15 ans est d’environ 66 % au niveau national, atteignant jusqu’à 70 % en milieu rural et forestier en raison de leur engagement dans l’agriculture, le petit commerce, l’artisanat, la transformation vivrière et les activités informelles. En appliquant un taux prudent de 65 %, on obtient près de 238 550 femmes actives ; avec un taux haut de 70 %, ce chiffre grimpe à environ 256 900. La moyenne retenue donne environ 257 000 femmes en activité économique réelle dans la Guinée forestière.
C’est donc sur cette base économique féminine que le narratif officiel prétend avoir levé 900 millions de francs guinéens. Cela reviendrait à une contribution moyenne de 3 500 GNF par femme active, l’équivalent d’un sachet d’eau, d’un beignet et d’un maigre crédit Orange Money. Même à N’Zérékoré, capitale régionale, la quote-part monterait difficilement à 14 000 GNF par contributrice, soit le bénéfice d’une journée de vente d’un petit commerce vivrier.
Trois hypothèses se dégagent alors : soit ces femmes ont sacrifié leurs revenus alimentaires pour assurer la candidature d’un homme accusé de parjure national ; soit cette caution est une fiction budgétaire travestie en ferveur communautaire ; soit d’autres ont financé l’opération et tenté de la rebaptiser « offrande féminine forestière ».
Pour vérifier, nous avons pris le pouls du terrain, ville après ville, marché après marché, à N’Zérékoré, Guéckédou, Kissidougou, Macenta, Lola, Yomou et Beyla. Le constat est sans équivoque : 99 % des femmes interrogées ne se reconnaissent ni dans la levée de fonds, ni dans l’acte annoncé, ni même dans l’idée d’avoir versé un seul franc en ce sens. Aucune structure associative formelle n’a été identifiée. Aucun reçu de participation n’a été retrouvé. Aucune liste de contributrices n’a été diffusée. Les femmes exigent désormais que les instigateurs produisent les preuves comptables, les canaux de collecte et les documents de traçabilité.

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Il appartient désormais à la Cour suprême, gardienne de la régularité du processus électoral, d’exiger la transparence sur une somme prétendument levée au nom d’un collectif qui en nie massivement l’existence.
Mais la contradiction ne s’arrête pas là. Comment un pouvoir qui prétend s’appuyer sur une base de 257 000 femmes actives soit un potentiel électoral puissant n’a-t-il pas réussi, en quatre ans d’exercice autoritaire, à mobiliser ne serait-ce que 5 % de cette force dans un cadre politique réel : participation électorale, manifestation publique, soutien populaire mesurable, défense d’un projet de société identifiable ? Pourquoi cette « armée féminine contributrice » n’a-t-elle aucune visibilité sociopolitique identifiable ?
On leur prête une capacité financière collective structurée, mais on ne les voit jamais dans les arènes de légitimation. On les invoque lorsqu’il s’agit de justifier une caution controversée ; elles disparaissent lorsqu’il est question de mobilisation citoyenne. Leur nom est utilisé, leur voix reste escamotée.
Un dernier élément achève de briser le mythe. Lever une caution de 900 millions auprès de 257 000 femmes suppose une logistique lourde : relais locaux structurés, comités par préfecture, calendrier de collecte, réunions publiques, circuits OM ou bancaires, centralisation sécurisée des fonds, présence de leaders identifiables, existence d’une plateforme de gestion, communication officielle. Une telle opération aurait nécessité au moins six mois d’activité soutenue et aurait forcément généré une visibilité sociale, économique et médiatique.
Or, rien. Aucune campagne. Aucun comité relais. Aucun leader féminin mentionné. Aucun appel public. Pas la moindre trace. La prétendue cagnotte est apparue soudainement, sans antécédent organisationnel, immédiatement après le lancement officiel du processus électoral.
Même dans le mensonge, le CNRD cultive la médiocrité. Ce récit dévoile un cas d’école de manipulation ratée, où la calculette démographique et la logique organisationnelle démasquent l’imposture narrative.
La Cour suprême doit désormais répondre à une question simple :
Qui a parlé au nom de ces femmes ? Qui a collecté ? Où sont les reçus ? Quelles structures légales ont porté l’opération ? Où se trouve la liste des contributrices supposées ?
Faute de réponses, cette caution n’est pas un acte citoyen, mais un camouflage financier ou une fraude morale.
Et lorsqu’un pouvoir est contraint d’usurper la dignité de ses femmes pour maquiller sa candidature, la fin de sa légitimité n’est plus une hypothèse : elle devient une échéance.
Par Siba Béavogui