Alors que de nombreux importateurs guinéens croyaient enfin tourner la page du favoritisme économique qui avait marqué les années Alpha Condé, un document officiel obtenu en exclusivité par notre rédaction vient raviver de douloureux souvenirs.
Le régime de Mamadi Doumbouya, par le biais du Directeur Général du Port Autonome de Conakry (PAC), vient de rouvrir la boîte de Pandore en octroyant un traitement de faveur manifeste à la société CIAO, propriété du très controversé homme d’affaires libanais Houssein Dakhlallah.
Dans un compte rendu de réunion daté du 11 mars 2025, le Directeur Général du PAC, Mamadou Biro Diallo, actant avec les représentants d’Alport (le concessionnaire du port), de Conakry Terminal (AGL) et de la société CIAO, décide ni plus ni moins de donner la priorité d’accostage aux navires affrétés par CIAO, de doubler les équipes de dockers de nuit pour accélérer son déchargement, et de réserver le quai 10 à ses navires de blé, sous réserve qu’il soit libre. CIAO d’abord, les autres après.
Ce geste du PAC n’est pas une première. Sous Alpha Condé, CIAO bénéficiait déjà d’un régime fiscal préférentiel pour l’importation de son riz en provenance des mêmes marchés internationaux que les autres commerçants (Inde, Pakistan, Thaïlande, Chine).
À l’époque, des opérateurs économiques locaux dénonçaient une concurrence déloyale alimentée par des exonérations douanières injustifiées. Si le CNRD avait mis fin à cet avantage douanier un point à saluer cette nouvelle décision remet en cause tout l’effort d’assainissement du secteur.

Selon plusieurs sources concordantes, CIAO est aujourd’hui le seul opérateur bénéficiant d’un quasi-monopole sur la production d’huile alimentaire en Guinée, non pas par la performance industrielle, mais grâce à un quadrillage méthodique de l’administration publique.

Tout concurrent potentiel serait systématiquement étouffé par des tracasseries administratives savamment orchestrées. Le patron de CIAO, Houssein Dakhlallah, traîne une réputation sulfureuse , celle d’un homme capable de “donner un million de dollars à un fonctionnaire guinéen” pour bloquer une concurrence ou accélérer un dédouanement.
Les témoignages abondent et les preuves s’accumulent, mais l’impunité demeure.
Derrière ce favoritisme renouvelé se profile une autre figure bien connue : Ousmane Gaoual Diallo, actuel ministre des Transports. Son nom revient fréquemment dans les cercles économiques comme le facilitateur en chef des décisions opaques, notamment celles en lien avec le PAC.

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Accusé à maintes reprises de corruption et de trafic d’influence, sa signature plane sur toutes les dérives que la Transition avait juré d’éradiquer.
Le principe de “First In, First Out” (FIFO), garant d’un minimum d’équité portuaire, est ainsi violé au profit de CIAO. Des commerçants lésés ont déjà saisi le ministère des Transports, la direction du PAC, voire la Chambre de commerce.
Mais jusqu’à présent, aucune mesure corrective, aucun retour d’équité. Parce que les cadres impliqués auraient déjà été “arrosés”, affirment plusieurs sources internes, confirmant l’installation d’une économie de la compromission.

La Guinée n’a pas besoin de nouveaux seigneurs de la rente protégés par l’État. Elle a besoin d’un marché équitable, de règles respectées par tous, et d’une administration libérée de l’emprise des valises noires.
Monsieur Doumbouya, si vous combattez vraiment la corruption, commencez par nettoyer votre propre cour. Car à ce rythme, vous ne réformez pas la République , vous la recyclez dans les ordures de l’ancien régime.
À suivre.

Source : Abdoul Latif Diallo, journaliste d’investigation