Optimisme et pessimisme : la transition guinéenne à l’épreuve des faits (Chronique de Mohamed Koket Camara)
Depuis quelque temps, une opinion gagne du terrain au sein de la population et parmi de nombreux observateurs : la transition en cours (2021-2025) donnerait le sentiment d’avoir produit, dans certains secteurs clés, des résultats plus visibles et plus rapides que ceux enregistrés durant les deux mandats et demi d’Alpha Condé (2010-2021).
Cette perception repose avant tout sur une vitesse d’exécution accrue et une focalisation sur des réalisations concrètes. En quatre ans, la transition a marqué des points sur plusieurs dossiers longtemps restés en suspens.
Sur le plan des infrastructures, le contraste est particulièrement frappant. Là où l’ancien régime avait souvent laissé des projets à l’état de promesses ou de chantiers interminables, les autorités de la transition ont privilégié des actions à impact immédiat. L’achèvement des échangeurs de Kagbelen, de Km 36 et de Bambéto a significativement amélioré la circulation dans la capitale. Parallèlement, la relance effective des travaux sur la RN1 (Coyah-Mamou-Dabola) et sur d’autres axes stratégiques traduit une volonté affirmée de désenclaver l’intérieur du pays.
Le projet Simandou constitue sans doute le symbole le plus fort de ce changement de rythme. Longtemps considéré comme une arlésienne, enlisé dans des litiges et des hésitations politiques, il est désormais entré dans une phase opérationnelle. Sous l’impulsion du général Mamadi Doumbouya, le programme Simandou 2040 a été sécurisé avec des partenaires majeurs tels que Rio Tinto et le Winning Consortium. La construction du chemin de fer transguinéen et du port minier avance, avec une mise en service espérée à l’horizon 2025-2026. Pour de nombreux Guinéens, cette évolution illustre la capacité d’une volonté politique ferme à débloquer le potentiel économique du pays.

- Advertisement -
La gouvernance constitue un autre marqueur fort de la transition. La création de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), bien que critiquée pour certaines de ses méthodes, a envoyé un signal clair dans la lutte contre l’impunité. Le sentiment que les ressources publiques sont davantage orientées vers des projets d’intérêt général renforce l’idée d’une gestion plus rigoureuse de l’État.
Sur le plan économique, la Guinée fait preuve d’une résilience relative malgré un contexte défavorable, marqué notamment par l’incendie du dépôt de carburant fin 2023 et une inflation mondiale persistante. Le rebasage du PIB en 2025 a révélé une économie plus importante que celle précédemment estimée, tandis que la croissance demeure soutenue, autour de 6 à 7 %, portée par un secteur minier mieux structuré.
Ce tableau ne saurait toutefois être dressé sans nuances. La transition fait face à des zones de tension persistantes. Les restrictions liées aux libertés publiques, notamment en matière de manifestations et de liberté de la presse, suscitent de vives préoccupations. Le coût de la vie, quant à lui, continue de peser lourdement sur les ménages, et les délestages électriques demeurent un problème quotidien, malgré les barrages hérités du régime précédent, tels que Kaléta et Souapiti.
En définitive, la transition guinéenne donne le sentiment d’un bilan plus dense sur un temps plus court, sans pour autant effacer les défis démocratiques et sociaux qui restent à relever. C’est dans cette tension entre efficacité, libertés et attentes populaires que se jouera l’appréciation finale de cette période charnière de l’histoire récente du pays.
Par Mohamed Koket Camara en séjour à Conakry