Voici la radiographie d’une élection déjà classée parmi les plus méprisées de l’histoire politique guinéenne.
Jamais un scrutin n’aura dégagé une morosité aussi épaisse que celle du 28 décembre. À l’approche de cette présidentielle fantôme, un constat frappe : l’enthousiasme a déserté la cité. Conakry respire un silence inhabitué.
Aucune affiche de Mamadi Doumbouya, aucune marée humaine, aucun slogan qui pulse dans les quartiers.
Aux carrefours, autrefois noyés sous les hordes de militants surexcités, le vent passe, impassible.
D’ordinaire, lorsqu’une présidentielle approche, les ambitions s’affrontent jusque dans les ruelles. Kaloum vibrait, Dixinn bouillonnait, Matam s’enflammait, Ratoma grondait, Matoto s’étirait jusqu’à Gbessia, Lambanyi se réveillait.
Cette année, la capitale est une chambre froide.
Les Guinéens observent de loin ce que beaucoup nomment déjà un simulacre électoral une mise en scène sans âme, sans compétition, sans peuple.
Les clameurs achetées, les journalistes écartés.

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Selon plusieurs sources, un phénomène absurde se confirme : les grandes gueules de la rue sont mieux traitées que les professionnels de la presse, pourtant piliers indispensables d’une campagne digne de ce nom.
Les insultologues, devenus nouveaux griots de la communication officielle, reçoivent des conditions avantageuses, pendant que la presse privée se retrouve reléguée au rang de figurants indésirables.
C’est un fait inédit dans l’histoire de la Guinée : aucun journaliste de la presse privée écrite, en ligne, télévisée, ni même les reporters en langues nationales n’a été accrédité pour la couverture médiatique officielle.
La démocratie n’a même plus besoin de témoin : elle se contente d’un brouhaha de louanges.
La HAC, entre contournement et silence institutionnel.
Selon une source extrêmement fiable, la HAC , censée réguler les médias aurait malgré tout réussi à déployer discrètement quelques journalistes sur le terrain. Mais pour ceux affectés à l’accompagnement des leaders politiques, la rémunération tournerait autour de 800 000 GNF par jour, une somme dérisoire face à l’instrumentalisation de leur métier.
Alors une question demeure, lancinante : quelle place les médias occupent-ils réellement dans cette campagne ?
Sont-ils devenus simples décorations, tolérées pour la forme, mais soigneusement écartées des zones où se fabrique le récit officiel ?
Par Azözöye Bangoura