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Kadiatou Soumah tuée sur le chemin de l’école pendant que les enfants de Doumbouya se pavanent avec l’argent du peuple.

Dans un pays où l’État se vante de prouesses économiques imaginaires, des milliers d’élèves se voient privés d’éducation par un régime qui préfère financer son luxe plutôt que son école. Ça s’enjaille au sommet, ça distribue les milliards dans le marasme d’une élection du parjure, pendant que l’école guinéenne s’effondre dans la poussière, le sang et les larmes. La Guinée danse désormais sur deux sons qui n’auraient jamais dû se croiser : la musique criarde d’une propagande électorale engraissée par l’argent public, et les cris étouffés d’enfants livrés aux rues, aux gaz, aux brutalités d’un pouvoir qui a remplacé l’État par le réflexe de réprimer. Pendant que la junte déroule ses illusions de légitimité, un enfant meurt. Rien n’est plus obscène.

Dans cette république blessée, les cérémonies fictives éclatent comme des feux d’artifice sans lendemain, pendant que la réalité se charge, elle, de rappeler que la nation vacille. Elle le rappelle par une tombe fraîche. Elle le rappelle par l’écho tremblant d’une grande sœur incapable de comprendre comment une enfant partie en uniforme, joyeuse et saine, peut revenir froide entre les mains d’un destin manipulé par l’institution.
Kadiatou Soumah, élève de 10ᵉ année à La Haute Marée 2, poursuivait son rêve dans cette dixième année de promesses, cette dixième année d’avenir en construction. Une année brisée par une grève née d’un gouvernement qui préfère acheter la conscience des propagandistes plutôt que payer ses enseignants. Le drame a traversé le quartier comme un éclair. Et sa grande sœur elle aussi nommée Kadiatou témoigne avec cette sincérité nue qui renverse les consciences lorsque l’injustice dépasse l’entendement.

« J’étais ici en train de vendre mes marchandises quand on m’a appelée pour me dire que ma petite sœur était tombée à l’école. J’ai répondu qu’elle n’avait pas l’habitude de tomber, alors pourquoi aujourd’hui ? »
Dans un pays normal, on se lève et on court. Mais ici, les citoyens ont appris à se méfier des paniques inutiles, des frayeurs d’enfants qui jouent plus qu’ils ne tombent. Elle n’a pas bougé. Elle a continué son travail, comme si ignorer l’appel pouvait repousser l’inacceptable.

Puis une autre petite sœur est arrivée, essoufflée, le visage bouleversé. « Va à l’école, va vite ! » Mais l’esprit humain refuse parfois d’admettre ce que le destin annonce trop brutalement. Elle n’est pas partie.
C’est le deuxième appel de l’école qui a brisé la barrière du déni : « Madame, venez vite, Kadiatou est gravement malade. »
La phrase qui tue. Celle qui renverse le temps. Elle grimpe sur un taxi-moto, le vent lacère son visage, l’angoisse lui serre la poitrine — ce sentiment terrible de courir vers une vérité qu’on ne veut pas connaître.

À son arrivée, l’école est figée dans un silence de mort. Sa sœur est étendue. Les amies pleurent. Les professeurs tremblent. On lui demande si l’enfant avait des antécédents. Non. On lui demande si elle était malade. Non. Elle est sortie de la maison en bonne santé, avec un avenir sous le bras. Et c’est ce même avenir que l’on expédie en urgence à l’hôpital de Ratoma, comme une dernière tentative d’accrocher la lumière.
Quelques minutes plus tard, tout s’effondre. Elle voit sa mère et son frère en larmes. « Kadiatou est décédée », prononcent-ils, comme on prononce une sentence sur la nation entière.

Ce témoignage n’est pas qu’un récit familial : c’est l’acte d’accusation d’un pays trahi par son propre pouvoir.
Quand un régime préfère financer ses illusions plutôt que son école ;
Quand l’argent de l’État s’enjaille dans les salons dorés pendant que les enfants meurent dans les écoles fermées ;
Quand la propagande mange des milliards pendant que l’éducation agonise ;
Ce n’est plus une crise : c’est une faillite morale nationale.

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Une élève de 10ᵉ année vient d’être sacrifiée. Pas par la maladie. Pas par le destin. Par un système. Par une barbarie institutionnelle qui crache sur l’éducation nationale et gifle les familles avec un mépris devenu doctrine d’État.

Aujourd’hui, un enfant est mort.
Demain, la propagande annoncera encore des milliards, encore des inaugurations imaginaires, encore des élections de parjure.
Mais au fond d’une maison endeuillée, une grande sœur répète la même phrase :
« Elle a quitté la maison en bonne santé. Elle n’est plus revenue. »

Dans un pays où l’on vole l’avenir des vivants, voici l’avenir qui réclame justice à travers une tombe.

Et pendant que la famille pleure, les enfants du chef putschiste se pavanent dans le luxe et les privilèges que l’argent du peuple aurait dû destiner aux enseignants, aux écoles, aux enfants de la nation.

Cette image-là, elle, restera comme le vrai visage du régime.

Par Siba Béavogui 

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