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5 milliards de dollars annoncés… 5 conteneurs de billets débarqués… et pourtant, les enseignants n’ont toujours pas vu la couleur de leur salaire.

C’est le genre de contradiction qui n’a pas besoin d’analyse économique : elle parle d’elle-même, elle hurle même.

Le ministre putschiste du Budget, poitrine gonflée comme pour intimider l’air, costume trop serré pour contenir l’arrogance, cravate pointée comme un javelot et à ses côtés, son cousin gouverneur de la Banque centrale, gardien officiel d’une richesse qui n’enrichit personne ont défilé devant les caméras.
Ils ont récité leur litanie de milliards avec l’insolence de ceux qui ne vivent pas la réalité qu’ils administrent.
Une scène de festin où les chiffres dansent, pendant que l’école guinéenne agonise dans le silence froid des salles de classe désertes.

Car pendant que ces deux cousins jonglent avec les virgules économiques, l’État est incapable de payer ceux qui tiennent la craie, ceux qui guident les enfants, ceux qui maintiennent debout les illusions d’avenir.

On a importé cinq conteneurs de francs guinéens comme on importe une pluie.
Et pourtant, rien n’a changé.
Les banques attendent toujours leur remboursement.

Les enseignants attendent toujours leur salaire.
Le peuple attend toujours une explication.

Et parce que la jeunesse n’a pas la patience des comptables, elle est sortie dans la rue.
À Nassroulaye, le tumulte a éclaté comme une vérité qu’on ne pouvait plus contenir.
Des élèves, lassés d’attendre des cours qui ne viennent plus, sont allés provoquer d’autres écoles non pas par méchanceté, mais par désœuvrement.

Les pierres ont volé comme pour écrire sur les toitures ce que les dirigeants refusent de lire : une Nation sans école est une Nation en chute libre.

À Cosa, les rails ont été bloqués.
Les forces de l’ordre ont répondu par du gaz lacrymogène une tentative d’éteindre une soif d’éducation avec des armes chimiques de désordre.

« Nous voulons simplement retourner à l’école », disent les enfants.
Ce n’est pas une revendication, c’est un cri.
C’est presque une prière.

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À Kankan aussi, la colère a pris racine.
Les élèves ont envahi les rues, bousculé les certitudes, rappelé que l’injustice n’a jamais été un aliment que la jeunesse avale calmement.
« Le jour des examens, l’État ne fera aucune différence », disent-ils.

Eux ont compris ce que le gouvernement refuse de comprendre : on ne peut pas diviser un pays entre ceux qui étudient et ceux qui attendent.

La grève entre dans sa deuxième semaine.
L’État, englué dans son propre théâtre, observe, tergiverse, gesticule.
Mais la crise, elle, avance avec la précision d’une lame.
Elle entaille le futur, elle blesse l’espérance, elle dilue le sérieux même de la République.

Reste alors une question, simple comme un proverbe, lourde comme une sentence :

Comment celui qui n’est pas capable de payer les salaires des enseignants peut-il prétendre offrir le bonheur à des millions de personnes ?

Un pouvoir qui n’arrive pas à honorer la paie de ceux qui enseignent n’a aucune légitimité à parler d’avenir.
On ne fabrique pas une Nation avec des discours ; on la fabrique avec l’éducation.
Et pour cela, il faut payer les maîtres avant de prétendre gouverner les élèves.

Aujourd’hui, la Guinée ne manque pas d’argent.
Elle manque de vérité.
Elle manque de volonté.
Elle manque d’un État qui considère l’école non pas comme un détail administratif, mais comme la colonne vertébrale du destin national.

Le reste n’est que mise en scène.
Et la mise en scène finit toujours par s’écrouler lorsque la jeunesse, elle, se met debout.

Par le chasseur de vérité 

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