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Enquête – Simandou : Bouna Sylla et la bourse du mensonge

Un ministre, une promesse… et une arithmétique impossible ! Ou comment 20 % d’un mirage fiscal ne paieront même pas un aller-retour pour Harvard.

Le ministre des Mines, Bouna Sylla, promet que 20 % des impôts et taxes issus du projet Simandou financeront des bourses d’études à l’étranger pour les meilleurs lycéens guinéens.
Sur le papier, l’idée paraît généreuse : investir la rente minière dans l’éducation. Mais dans les chiffres, tout s’effondre. Ce n’est pas une politique publique, c’est un mirage budgétaire construit sur un gisement fictif.

Première réalité : Simandou ne rapporte presque rien

Selon les données officielles, la production prévue est de 60 millions de tonnes de minerai de fer par an, vendues à un prix optimiste de 120 dollars la tonne. Ce volume représente 7,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires brut pour les multinationales partenaires.

La part guinéenne, elle, ne dépasse pas 15 %.
En clair, l’État ne percevra que 1,08 milliard de dollars par an, avant déductions pour le chemin de fer, la logistique, et les multiples “ajustements contractuels” prévus.

1,08 milliard de dollars, c’est le plafond théorique. Et c’est ce chiffre qui sert de base à toutes les promesses politiques.

Deuxième réalité : 20 % des impôts, pas 20 % des revenus

Le ministre joue sur les mots. Il ne s’agit pas de 20 % des revenus du projet, mais de 20 % des impôts et taxes, soit une infime fraction.

La fiscalité effective sur un projet minier de cette nature tourne autour de 25 % du bénéfice net. Et ce bénéfice net, après amortissements, ristournes et clauses de stabilité, ne dépasse généralement pas 10 % du chiffre d’affaires total.

Voici la vérité comptable :
10 % de 7,2 milliards = 720 millions de bénéfice imposable.
25 % d’impôt = 180 millions de recettes fiscales pour l’État.
Et 20 % de ces 180 millions = 36 millions de dollars.

Voilà tout ce que la Guinée pourrait réellement affecter à ces fameuses bourses. 36 millions de dollars par an, au mieux.

Troisième réalité : le coût réel d’une bourse à l’étranger

Une bourse complète coûte en moyenne 25 000 dollars par étudiant et par an, en comptant les frais de scolarité, le logement, les billets et les assurances. Avec 36 millions de dollars, la Guinée pourrait donc financer 1 440 étudiants pas un de plus.

Le ministre parle de 33 préfectures, donc 33 boursiers “d’excellence” par an. Même en multipliant ce nombre par dix, on ne dépasserait jamais 2 000 bénéficiaires sur plus de 250 000 bacheliers chaque année.

0,8 % des jeunes Guinéens en profiteraient, dans le scénario le plus optimiste. Et encore, à condition que Simandou atteigne sa capacité maximale ce qui n’arrivera jamais.

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Quatrième réalité : un projet sans port, sans énergie, sans base légale

Le discours officiel parle de “Simandou 2040” et de “cinq piliers”, mais le premier pilier, celui de la logique, manque à l’appel. Car Simandou n’a ni port en eau profonde, ni infrastructure énergétique suffisante, ni même base juridique solide.

Les contrats signés avec Rio Tinto, les groupes chinois et leurs intermédiaires locaux ont été conclus par une autorité de transition, c’est-à-dire un pouvoir sans légitimité constitutionnelle.
En droit, une transition n’a pas compétence pour engager la Nation dans des concessions minières à long terme.

Ces accords violent le principe de souveraineté permanente sur les ressources naturelles, reconnu par la Charte des Nations Unies et le Code minier guinéen.

Ils sont donc juridiquement nuls et politiquement non opposables à un futur gouvernement élu. Autrement dit : Simandou repose sur une base illégale, maquillée par la rhétorique du développement.

Cinquième réalité : un cheval de Troie sous drapeau national La Guinée ne tirera jamais 200 milliards de dollars de Simandou. Même les projections les plus complaisantes plafonnent à 15 milliards sur 14 ans.

Le projet n’est pas un moteur de croissance, mais un dispositif de rente politique, conçu pour donner l’apparence d’une souveraineté économique tout en livrant le pays à des intérêts étrangers.

Les promesses de “Simandou Academy”, de bourses d’excellence et de diversification économique ne sont que des décors de communication.

Dans la réalité, 36 millions de dollars par an soit 0,01 % du PIB ne suffisent même pas à construire une université régionale complète.

Ce n’est pas un plan éducatif.
C’est une opération de cosmétique médiatique sur fond d’escroquerie contractuelle.

Les bourses du fer, ou l’école de la tromperie?
Simandou 2040 n’est pas un projet d’avenir, c’est une leçon de cynisme d’État. On parle de bourses pendant qu’on signe des contrats sans base légale.

On invoque l’éducation pendant qu’on hypothèque la souveraineté. On promet des Harvard imaginaires pendant que le pays s’enfonce dans l’analphabétisme énergétique.

La vérité, c’est que les seuls vrais boursiers Simandou sont les intermédiaires et les profiteurs du régime, déjà inscrits à l’université du mensonge. Et comme toujours, la facture tombera plus tard devant la justice.

Ces contrats signés par la junte, Rio Tinto, les opérateurs chinois et leurs relais locaux seront révoqués, révisés et jugés. Car aucune bourse ne rachète un crime économique contre la Nation.

Par Siba Béavogui 

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