Les infos à la source

Bernard, la demoiselle barbue du putschiste Doumbouya : chronique d’un fils maudit de la Forêt

La Guinée est aujourd’hui un pays où l’histoire se réécrit dans le sang et la trahison. À l’heure où les officiers forestiers sont traqués, humiliés, emprisonnés ou tués, une figure inattendue surgit : Bernard, ce fils de la Forêt qu’on croyait façonné par la souffrance des siens, mais qui revient comme un supplétif docile, un ornement grotesque du pouvoir putschiste.

On le présente comme un « renfort », mais en réalité, il n’est qu’un maillon de plus dans la chaîne macabre d’un régime qui vit de la persécution. Sa présence n’a rien d’innocent : elle porte la marque d’une complicité assumée. Ce n’est pas un retour au bercail, c’est une réapparition au service du bourreau.

La Forêt en deuil, ses fils en exil ou enchaînés

Depuis le coup d’État, les plaies de la Guinée forestière ne cessent de s’élargir. Les officiers originaires de cette région, autrefois piliers de l’armée, ont été méthodiquement écartés, neutralisés, parfois exécutés dans le silence complice des chancelleries. On ne parle plus de simples mutations ou de mises à la retraite : il s’agit d’une purge calculée, visant à briser toute résistance issue de cette zone.

Et pendant que les anciens sont humiliés, les jeunes paient le prix fort. Plus de 400 jeunes de la Forêt ont été exécutés, fauchés comme des herbes folles au nom d’une mascarade : la mamaya organisée pour célébrer la candidature forcée de Mamadi Doumbouya. Ce n’était pas une fête, mais une hécatombe. Les tambours ne résonnaient pas pour la joie, mais pour couvrir les cris étouffés des victimes.

Le fils maudit qui danse sur les tombes

C’est dans ce climat funèbre que Bernard réapparaît. Non pas pour réclamer justice, ni pour pleurer ses frères, mais pour prêter main forte au tyran. Comme une ombre qui a vendu son âme, il choisit le camp de l’oppresseur.

Son retour a l’allure d’une farce tragique : un enfant de la Forêt qui, au lieu d’honorer les ancêtres, choisit de les trahir. Ses pas ne suivent pas la marche des résistants, mais la chorégraphie macabre du putschiste. Ce n’est pas la loyauté qui guide ses gestes, mais la servitude volontaire, ce penchant des esprits faibles à se ranger derrière la force brute.

La banalité de la trahison

- Advertisement -

- Advertisement -

Bernard n’est pas un cas isolé. L’histoire de la Guinée est jonchée de figures semblables, ces hommes qui, face au pouvoir, préfèrent se courber plutôt que de tenir debout. On les appelle parfois des collaborateurs, d’autres les qualifient de « fils perdus ». Mais la vérité est plus crue : ils sont la continuité de la tyrannie, les relais locaux d’un système qui écrase son peuple.

La Forêt, pourtant, n’a jamais manqué d’hommes dignes. De Jean-Marie Doré à de simples résistants anonymes, la région a souvent payé le prix de son courage. C’est cette mémoire que Bernard piétine. Chaque sourire qu’il adresse au putschiste est une gifle pour les mères en deuil, chaque poignée de main qu’il tend au régime est une trahison de plus.

Quand le bourreau recrute parmi les siens

Mamadi Doumbouya sait jouer de ces figures. Lui, le bourreau sanguinaire, a besoin d’exhiber des « fils de la Forêt » pour maquiller ses crimes, pour donner l’illusion que son pouvoir n’est pas une guerre ethnique, mais un rassemblement national. En réalité, il s’agit d’un camouflage, d’une stratégie de division : recruter quelques visages connus pour mieux écraser la masse silencieuse.

Bernard est l’un de ces visages instrumentalisés. Sa barbe, ses manières, son retour sont transformés en accessoires de propagande. Mais derrière l’image se cache une vérité simple : il est complice. Il est l’allié volontaire de celui qui a fait couler le sang de ses propres frères.

Une histoire qui jugera

Un jour viendra où la Guinée relira ces pages sombres. On se souviendra des victimes, des humiliations, des exécutions, mais aussi des trahisons. Bernard, la « demoiselle barbue » du putschiste, restera dans les marges de cette histoire : non pas comme un héros, mais comme un fils maudit de la Forêt, celui qui a choisi le camp du bourreau contre les siens.

Et la mémoire des peuples est tenace. Elle n’oublie ni les bourreaux ni leurs supplétifs. Les tambours de la mamaya se sont tus, mais le silence de la Forêt continue de crier.

Par le chasseur de vérité 

A lire aussi