Le 8 mai 2025 restera dans les annales non pas comme un simple retour présidentiel, mais comme une démonstration de pouvoir brut, à mi-chemin entre théâtre politique et culte du chef. Ce que l’on a vu à l’aéroport de Conakry, ce jour-là, n’est pas anodin. C’est un message. Une performance. Une autopsie s’impose.
1. Une scénographie de conquérant : du soldat à l’homme d’État
Dès les premières images, le ton est donné. Jet privé, costume sombre, tapis rouge, garde d’élite : le général ne revient pas comme un fonctionnaire de la République, mais comme un conquérant victorieux. Sa descente d’avion, soigneusement capturée par les caméras d’État, traduit un passage de rôle : celui du militaire impitoyable à celui du dirigeant “responsable”. Un simulacre de normalisation, avec pour toile de fond un pays sous contrôle.
La présence d’un dispositif de transmission satellite professionnel révèle une stratégie de propagande assumée : chaque image, chaque plan est pensé, diffusé, interprété. Le pouvoir ne s’exerce plus seulement par l’ordre ; il s’impose par la mise en scène.
2. Une garde prétorienne musclée : l’esthétique de la peur
Autour du général, des hommes cagoulés, lourdement armés, gilets pare-balles et visages fermés. Ils n’escortent pas, ils dissuadent. Ils n’accompagnent pas, ils dominent l’espace.
Le convoi, flanqué de pick-up militaires, de motos d’escorte et de tireurs postés, rappelle davantage un front de guerre qu’une escorte présidentielle. Ce langage visuel renforce un message : celui qui gouverne, c’est celui qui tient l’arme.
3. Foule encadrée, ferveur mise en scène : loyalisme ou soumission ?
Les drapeaux brandis, les pancartes aux slogans bien imprimés, les ovations organisées par les cellules administratives… Tout cela a moins à voir avec la spontanéité qu’avec le scénario d’un État spectacle. La foule n’applaudit pas, elle est encadrée. La ferveur n’est pas libre, elle est encadrée.

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La présence de figures politiques comme Macka Baldé n’est pas fortuite : il s’agit de fabriquer un consensus artificiel, de construire un bloc de loyauté autour du général, d’étouffer la dissidence par le spectacle de l’unité.
4. Une image subliminale : “Je suis la République”
Quand Doumbouya se dresse dans son véhicule, saluant la foule, ce n’est pas la République qui parle. C’est un homme qui incarne l’État, l’armée, la nation, le destin. Cette posture, inspirée des dictatures classiques, ne laisse place à aucune institution : la République, c’est lui.
Et quand les militaires se déploient dans l’enceinte civile de l’aéroport, c’est une frontière qu’on abolit : celle entre pouvoir républicain et autorité militaire. La Guinée est alors gouvernée non par la loi, mais par le dispositif.
Conclusion : Le pouvoir comme rituel, la nation comme décor.
Le 8 mai n’est pas qu’une date. C’est une cérémonie de légitimation. Le général revient dans un pays verrouillé, avec une armée omniprésente, une opposition muselée, et un secteur économique en voie de confiscation.
Derrière cette scénographie se cache un dessein : un régime personnalisé, sécuritaire, extractif, incarné par un homme et ses réseaux. L’or, le Simandou, l’opération “Kagamé” : autant de leviers pour ancrer un pouvoir sans contre-pouvoir.
La Guinée n’a pas assisté au retour de son président. Elle a été spectatrice de la montée en puissance d’un système, où le symbole remplace le dialogue, et où l’image règne sur la vérité.
Par Siba Beavogui