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L’autopsie de l’autodestruction de la Presse Guinéenne, sponsorisée par le CNRD

Dans son plan de manipulation des consciences, les stratèges du CNRD ont méthodiquement tracé la destruction de la presse engagée. Mais pour réussir cette opération sans opposition frontale, sans éclaboussures, sans se salir les mains, ils ont trouvé une parade diabolique : sponsoriser les journalistes pour qu’ils s’autodétruisent. Des journalistes qui tuent le journalisme — voilà le drame que nous vivons.

Un, deux, trois… et c’est parti.
Découvrons ensemble la complicité éhontée d’une presse guinéenne qui, à force de compromissions, a fini par achever la liberté d’expression.

C’est avec un cœur meurtri que j’ouvre la boîte de Pandore d’un métier noble, celui-là même qui m’a vu naître, grandir, et me forger. Ma vie et l’écriture sont liées par un pacte invisible. Des salles de classe aux amphithéâtres, des bancs de l’université aux couloirs de l’Association des écrivains de Guinée, en passant par les tribunes de la presse indépendante, j’ai aimé ce métier comme on aime un être cher. Pendant plus de vingt ans, il a été ma boussole, mon arme, ma respiration.

Alors oui, dénoncer aujourd’hui mes propres frères de plume – ces hommes et femmes avec qui nous avons écrit les pages parfois glorieuses, parfois douloureuses, de la presse guinéenne – relève du supplice.

Mais le silence serait une trahison. Et l’époque que nous traversons ne pardonne plus les silences complices.

Mes confrères, jadis garants du sacro-saint principe de la liberté d’expression, ont troqué leur intégrité contre des liasses de billets.
Le CNRD est certes le cerveau de cette entreprise de désinformation et de peur.
Mais nous, journalistes, en sommes devenus les bras armés.

Car il n’y a pas de corrupteurs sans corrompus.

En ce mois dédié à la liberté de la presse, je choisis de briser le silence. Je dénonce, avec gravité et lucidité, la complaisance honteuse et la complicité active de l’élite de la presse guinéenne.

Ceux qui devaient incarner la vigilance sont devenus les relais d’un pouvoir oppresseur.
Ceux qui devaient porter haut la voix des sans-voix se contentent désormais de monnayer leur plume et de détourner le regard.

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Et pendant ce temps, Habib Marouane Camara demeure introuvable.

Sur le long chemin de notre responsabilité première — celle d’informer en toute vérité — nous avons jadis vu tomber des confrères.
Et chaque fois, nous nous levions, unis, pour exiger justice, vérité, liberté. Mais aujourd’hui, c’est l’indifférence qui a remplacé la solidarité.
Personne ne se lève. Personne ne crie. Personne ne lutte.

Notre jeune frère Habib Marouane, l’un des rares à avoir osé rester debout, a disparu sans que cela ne provoque la moindre onde de choc dans la maison de presse.

Aucune association ne converge vers son dossier. Aucune voix collective ne s’élève pour exiger sa libération. Aucune décision ferme, implacable, n’est prise pour contraindre les autorités.

Pire encore : Tam et d’autres figures de proue du journalisme guinéen ont osé faire l’impensable.
Ils ont remis un trophée à celui-là même qui foule au pied nos libertés, fait taire nos confrères, et menace toute parole indépendante.

Un trophée au bourreau, pendant que la victime crie dans le silence.

Ce n’est plus une erreur.
C’est une trahison historique.
C’est le symbole glaçant d’une presse qui se renie, qui s’achète, qui se vend, et qui se déshonore.

Il y a des journalistes, comme Lamine Guirassy d’Espace FM, qui préfèrent afficher leur amitié avec le chef de la junte plutôt que d’exiger la vérité sur le sort de Habib Marouane Camara.
Des liens complices se tissent sous les projecteurs, pendant que l’un des nôtres disparaît dans le silence. Ce silence n’est pas neutre. Il est coupable.

Oui, cette autopsie fait mal. Mais elle est nécessaire. Car le cancer qui ronge la presse guinéenne n’est pas seulement extérieur. Il vient de l’intérieur. Il a des visages. Des noms. Des signatures.

Siba Beavogui votre confrère de longue date

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