Matam, 4h du matin. Le calme de la nuit a été brisé par un cri. Pas un cri d’alerte, mais un cri venu de l’intérieur. Un cri étouffé. Celui d’un homme de famille, abattu non par balle, mais par la violence brute d’un fils transformé en monstre.
Ce samedi, 12 avril 2025 dans le quartier de Matam-Permanence, la tragédie s’est glissée dans une concession comme une ombre fatale. Seydou Touré, âgé d’une trentaine d’années, sous l’effet de la drogue “kush”, a froidement assassiné son propre père, Naby Yaya Touré, âgé de 65 ans. Oui, son propre père.
Il était environ 3 heures du matin lorsque le jeune est rentré, titubant, le regard vide, les gestes désordonnés. La drogue avait déjà pris possession de son esprit.
Quelques minutes plus tard, l’irréparable s’est produit.
Selon nos recoupements, le drame s’est noué dans les toilettes de la cour familiale. Pris de rage incontrôlée, le fils a violemment agressé son père. Une chute brutale, la nuque fracassée, et le silence définitif d’un homme que rien ne prédestinait à mourir ainsi.
Le corps a été évacué par les services de la protection civile, dans un climat de sidération totale. Il repose désormais à la morgue de l’hôpital Ignace Deen. Quant au présumé assassin, il a été interpellé par les éléments de la gendarmerie de Matam et placé en garde à vue à l’escadron mobile.
Kush, ce poison qui dévore nos familles
Ce fait divers n’est pas un cas isolé. Il est le reflet d’un fléau social : la montée fulgurante de la drogue kush, ce mélange toxique de cannabis trafiqué, de substances chimiques et parfois même de pesticides, qui circule librement dans nos quartiers, nos écoles, nos marchés.
Le kush transforme les jeunes en zombies, en prédateurs inconscients, en dangers publics. Et les rues de Matam, comme tant d’autres communes en Guinée, deviennent les scènes silencieuses d’une guerre invisible : celle de la drogue contre la société.

- Advertisement -
Où sont les digues ? Où est la riposte ?
Le drame de Matam doit servir d’électrochoc.
Il est urgent de poser des actes forts. Car aujourd’hui, un père est mort. Demain, ce pourrait être un enfant, une mère, un voisin, un simple passant.
Où sont les réseaux ? Qui alimente la distribution ? Pourquoi les autorités ferment-elles les yeux ?
Il est temps de briser le silence, de casser les complicités, et d’enclencher une véritable croisade nationale contre le trafic et la consommation de drogues dures.
En guise d’avertissement…
Cette tragédie dépasse le cadre familial. C’est une crise de société.
Une génération est en train de s’autodétruire à petit feu, pendant que les trafiquants, eux, prospèrent dans l’ombre.
À Matam, le sang d’un père témoigne.
La société doit écouter. Ou se préparer à compter ses morts.
Par Azözöye Bangoura, journaliste d’investigation.