Suite aux tensions frontalières entre la Guinée et ses voisins du sud, notamment la Sierra Leone et le Liberia, les autorités guinéennes ont décidé de déployer un important contingent militaire le long des frontières. Certes, la défense de l’intégrité territoriale constitue une mission régalienne de l’État. Toutefois, je reste convaincu que d’autres solutions existent.
Au-delà des questions de voisinage, nos peuples sont issus d’une même histoire et appartiennent, pour beaucoup, à une même famille culturelle et sociale.
Les frontières actuelles, tracées à l’époque coloniale, sont en grande partie artificielles. Elles ont été conçues selon une logique de domination et d’exploitation. Lors de la Conférence de Berlin, organisée sous l’autorité du chancelier allemand Otto von Bismarck, l’Afrique fut morcelée et répartie entre les puissances coloniales sans tenir compte des réalités culturelles, historiques et sociales des peuples africains.
Comme le rappelle le chanteur ivoirien Tiken Jah Fakoly dans l’une de ses chansons : « Ils ont partagé l’Afrique sans nous consulter. »
Ainsi, au fil des siècles et des recompositions territoriales, une partie de l’Empire sosso s’est retrouvée dans l’espace mandingue, une partie de l’Empire du Ghana dans celui du Songhaï, et une partie de l’Empire mossi dans l’espace wolof.
Face aux tensions actuelles, ne cédons ni à l’émotion ni à la surenchère. Privilégions le dialogue plutôt que les mitraillettes. Car dans une guerre, il n’y a pas de véritable vainqueur : tout le monde finit par perdre.
L’actualité internationale nous rappelle d’ailleurs que la guerre n’est pas toujours la meilleure option. Les tensions persistantes entre Iran, Israël et les États-Unis illustrent combien une escalade militaire peut rapidement menacer la stabilité d’une région entière. Une guerre au Moyen-Orient pourrait également provoquer une hausse mondiale du coût de la vie, notamment par l’augmentation du prix du pétrole, qui pourrait dépasser les 100 dollars le baril.

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Dans l’histoire africaine récente, plusieurs conflits frontaliers ont pourtant trouvé une solution pacifique. Sous la médiation de l’ancien président guinéen Ahmed Sékou Touré, certains différends régionaux ont pu être apaisés. De même, le différend territorial autour de la presqu’île de Bakassi Peninsula entre le Nigeria et le Cameroun a finalement été réglé par voie juridique et diplomatique.
Plusieurs mécanismes existent pour régler pacifiquement les litiges : l’Union du fleuve Mano, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union africaine ou encore la Cour internationale de Justice.
Rappelons les troupes et faisons comme nos ancêtres, qui privilégiaient la tradition de l’arbre à palabres pour résoudre les différends. Nos peuples sont tellement imbriqués qu’un affrontement armé serait non seulement dangereux, mais aussi absurde.
La création de la CEDEAO vise justement à renforcer nos liens sociaux et économiques, à faciliter les échanges par la suppression progressive des barrières douanières et, à long terme, à favoriser une intégration politique plus forte, réduisant l’importance des frontières physiques.
Nous nous souvenons également du projet des États-Unis d’Afrique, porté par plusieurs pères fondateurs des indépendances africaines au début des années 1960.
Nous devons garder les pieds sur terre : l’Afrique est une grande famille. Dans de nombreuses régions, des familles vivent d’un côté de la frontière tandis que leurs plantations ou leurs lieux de travail se trouvent de l’autre. Cette réalité sociale existe depuis des siècles.
C’est pourquoi nous devons privilégier la diplomatie, le dialogue et la fraternité africaine plutôt que l’affrontement.
Honorable Youssouf CAMARA