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L’Édito : Le Paradoxe du Coffre-Fort Vide (Par Mohamed Koket Camara)

La question brûle les lèvres de chaque Guinéen, du marchand de Kaloum au planteur de café de Yomou : À quand le souffle de la délivrance ?

À quand ce moment symbolique où le peuple, éprouvé par des décennies d’incertitudes, pourra enfin « souffler la bougie de la joie » devant une prospérité palpable, matérialisée par des billets de banque qui circulent librement dans nos poches et nos marchés ?

Aujourd’hui, un vent nouveau souffle depuis les couloirs de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG) : celui de la monnaie numérique. Mais entre l’ambition technologique et la réalité du terrain, le fossé ressemble parfois à un précipice.

Le choc des réalités : de Conakry à Yomou

L’idée d’une Guinée bancarisée et numérisée est séduisante sur le papier. Pourtant, l’observateur lucide ne peut ignorer la fracture sociale qui traverse notre pays. De Conakry à la lointaine préfecture de Yomou, le constat est sans appel :

• L’exclusion numérique : près de 50 % de nos concitoyens n’ont toujours pas accès aux services financiers de base, notamment aux solutions de mobile money.

• Le défi de l’alphabétisation : nos mamans, véritables piliers de l’économie informelle, n’ont pas toutes eu la chance de fréquenter l’école de la République. Pour elles, un téléphone n’est pas une banque : c’est d’abord un outil de communication, pas un coffre-fort virtuel.

• La barrière de la confiance : demander à un citoyen qui a toujours compté ses billets physiquement de basculer vers des chiffres invisibles sur un écran, sans transition pédagogique majeure, c’est risquer de laisser une grande partie du peuple sur le bord du chemin.

Liquidités et billets : la subtile distinction de la BCRG

Le Gouverneur de la Banque centrale a récemment soulevé un point névralgique en apportant une précision technique essentielle : la Guinée ne manque pas de liquidités, elle manque de billets.

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Pour le commun des mortels, cela peut sembler un simple jeu de mots. Pourtant, la nuance est capitale :

  1. La liquidité : c’est la masse monétaire totale disponible dans le système financier (comptes bancaires, réserves, écritures comptables).
  2. Le billet de banque : c’est le support physique, l’instrument de transaction quotidien du peuple.

Dire que nous ne manquons pas de liquidités signifie que l’argent existe dans les registres, mais qu’il ne circule pas suffisamment dans la rue.

C’est là que le bât blesse. Si l’argent reste prisonnier des serveurs informatiques alors que le panier de la ménagère crie famine par manque de papier-monnaie, la frustration sociale ne fera que croître.

Ma vision : pour une modernisation à visage humain

La monnaie numérique est sans doute l’avenir, mais elle ne doit pas être un saut dans le vide. Pour que le peuple souffle enfin cette bougie de joie, l’État doit actionner trois leviers essentiels :

• L’éducation financière : on ne dématérialise pas une économie sans former et accompagner ses acteurs.

• L’inclusion infrastructurelle : le numérique ne vaut rien sans réseau stable ni électricité, à Yomou comme à Kaloum.

• Le respect du cash : tant que nos mamans ne seront pas prêtes, le billet de banque doit rester souverain et accessible.

Car la richesse d’une nation ne se mesure pas au nombre de bits et de pixels sur un écran, mais à la capacité de chaque citoyen même le plus humble d’échanger librement le fruit de son travail, sans entrave technologique.

Mohamed Koket Camara, Plume libre pour une Guinée prospère

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