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Conférence de presse : Morissanda Kouyaté face à la presse et au “Tribunal des Réseaux Sociaux”

Le Palais du Gouvernement a vibré ce matin sous le poids d’une explication de texte très attendue. Acculé par une opinion publique incandescente et une diaspora guinéenne en ébullition sur les réseaux sociaux, le Ministre des Affaires Étrangères, de l’Intégration Africaine et des Guinéens de l’Étranger, Dr Morissanda Kouyaté, a tenté de briser la glace.

L’enjeu ? Le rapatriement de nos compatriotes depuis l’Allemagne, une opération qui passe mal, très mal, auprès d’une population qui y voit une forme de “trahison” ou une soumission aux politiques migratoires européennes.

La Tactique de la “Clarification”

Le ministre est apparu serein, du moins en apparence, pour répondre à ce qu’il qualifie de « désinformation massive ». Face aux accusations de complicité avec les autorités allemandes pour faciliter des expulsions forcées, Morissanda Kouyaté a martelé une ligne de défense claire : la souveraineté et la protection.

L’argument officiel : Le ministre soutient que la Guinée ne fait qu’appliquer des conventions internationales et cherche avant tout à encadrer le retour de ceux qui n’ont plus d’options légales, afin d’éviter des traitements inhumains.

Le déni des “accords secrets” : Il a vigoureusement nié l’existence de deals financiers occultes en échange de ces rapatriements.

Le choc des narratifs : Vérité ou langue de bois ?

C’est ici que le bât blesse. Pour beaucoup d’observateurs, dont je fais partie, le discours ministériel semble déconnecté de la réalité brutale du terrain.

« Il a tout dit, sauf la vérité », murmuraient certains confrères dans la salle.

Pendant que le ministre parle de “réinsertion accompagnée”, les témoignages qui nous parviennent d’Allemagne et de l’aéroport de Conakry dépeignent une réalité faite de menottes, de vols spéciaux et de détresse psychologique. Les réseaux sociaux, véritable cinquième pouvoir dans cette crise, ne décolèrent pas. Les vidéos de Guinéens déportés, parfois après des années d’intégration en Europe, contredisent frontalement l’image d’un retour “volontaire et digne” prôné par le ministère.

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Pourquoi ce tollé est-il historique ?

Ce n’est pas la première fois que la Guinée rapatrie des citoyens, mais l’ampleur de la réaction s’explique par trois facteurs :

Le sentiment de vulnérabilité : La diaspora est le premier poumon économique du pays. Voir l’État “faciliter” leur expulsion est perçu comme un coup de poignard.

La communication de crise : Le silence initial du gouvernement a laissé un vide comblé par la colère numérique.

L’image du Ministre : Habituellement apprécié pour son éloquence et son parcours international, Morissanda Kouyaté joue ici sa crédibilité de “protecteur des Guinéens”.

L’analyse de Mohamed Koket Camara

Le ministre a tenté d’éteindre l’incendie avec des mots pesés, mais le feu de la contestation couve toujours. En diplomatie, la forme compte autant que le fond. Aujourd’hui, la forme n’a pas suffi à masquer un fond politique jugé trop dur par une jeunesse qui ne voit d’autre issue que l’exil.

La question demeure : Peut-on protéger ses citoyens à l’étranger en signant les papiers de leur expulsion ? La réponse du ministre n’a convaincu que ceux qui voulaient déjà l’être.

La plume au service de la vérité.

Par Mohamed Koket Camara, Journaliste Passionné

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