1,2,3… et c’est reparti dans la série d’humiliations qui s’abattent sur la Guinée comme une pluie acide. Voilà qu’éclate une révélation si grossière qu’elle déculotte, à elle seule, tout le vernis diplomatique que le régime tente de coller tant bien que mal sur son imposture. Une gendarme française épouse d’un chef de putsch se glisse dans les habits d’une représentante officielle de la Guinée, s’invite dans des échanges diplomatiques, se montre dans les couloirs officiels, et donne l’illusion d’une fonction qu’aucun décret ne lui a jamais attribuée.
C’est un affront institutionnel. Elle n’est ni Première dame au sens protocolaire du terme, ni ministre, ni diplomate, ni détentrice d’un mandat public. Et pourtant, elle agit, elle parle, elle apparaît dans des cadres réservés aux autorités investies de la puissance publique, comme si la Guinée s’était muée en patrimoine intime où chaque membre du clan peut s’improviser émissaire d’État.
Le 6 avril 2024, à Kigali, la scène a choqué plus d’un observateur. Dans un moment de solennité mondiale la commémoration du génocide contre les Tutsi la délégation guinéenne est apparue sous une forme détournée. Une simple épouse d’officier, sans existence institutionnelle, placée dans un rôle qui relève normalement de la diplomatie formelle. Une entorse, une mise en scène, une anomalie qui piétine les normes les plus élémentaires du protocole républicain.
À Kigali, la Guinée n’était pas représentée. Elle était travestie.
Le président tchèque, Petr Pavel, le Malgache Andry Rajoelina, et Lauriane Doumbouya, épouse du président guinéen, sont arrivés le même soir à Kigali pour cette commémoration historique. Tous ont été accueillis par le ministère rwandais des Affaires étrangères sauf qu’ici, quelque chose détonnait, quelque chose sonnait faux, comme une pièce étrangère glissée dans une horloge d’État.
Tandis que les autres délégations agissaient dans le cadre exact de leurs fonctions officielles, l’apparition de Lauriane Doumbouya, sans mandat, sans attribution officielle, sans qualité juridique, soulevait un malaise profond : celui d’un État dont les frontières protocolaires semblent désormais poreuses, absorbées par l’arbitraire privé du couple putschiste.
Les hautes personnalités présentes Bill Clinton, le ministre des Affaires étrangères de France, les délégations européennes et africaines avaient face à elles une Guinée en porte-à-faux, représentée de manière informelle par une actrice non habilitée du cercle conjugal du chef de la junte.

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Et c’est ici que l’article prend une dimension supérieure.
Ce texte n’est pas seulement informatif : il documente une réalité observée publiquement, consignable, citée, vérifiable par images, par protocoles, par absence d’actes officiels. Une apparition publique engage toujours la responsabilité de celui ou celle qui s’y livre.
Si demain la justice guinéenne ou internationale venait à examiner les intrusions privées dans les fonctions publiques, ce type d’apparition pourrait devenir un élément matériel, une pièce observable d’un comportement qui, juridiquement, relèverait d’une imposture de fonction, d’une usurpation de représentation, voire d’une confusion volontaire entre biens de l’État et privilèges privés.
Car il n’existe, à ce jour, aucun décret nommant Lauriane Doumbouya à une fonction diplomatique. Et sans décret, il n’existe aucune légitimité pour parler, voyager, ou agir au nom de la Guinée.

Un salaire de gendarme française ne justifie ni les jets privés mis à disposition, ni les missions officielles, ni les apparitions protocolairement ambiguës.
Ce qui s’est passé à Kigali ne pourra pas être effacé.
La scène existe.
Les images existent.
Le protocole est écrit.
Et l’histoire, elle, n’oublie jamais quand un État se laisse confisquer par des ombres non élues.
Par Siba Béavogui