Radiographie d’une fiction ferrée de 650 km de rails imaginaires qui emportent l’AFD dans le piège du chemin de fer invisible
C’est fascinant de voir des institutions sérieuses reprendre sans sourciller ce que même un enfant de primaire devinerait comme une illusion. On nous parle d’un “mégagisement désenclavé”, d’un “nouveau réseau ferré”, d’un “corridor opérationnel” alors que sur le terrain, pas un seul train n’a parcouru un seul kilomètre, parce qu’il n’y a tout simplement pas encore de rails posés sur la majeure partie du tracé.
On admire alors la carte de l’AFD : une ligne jaune brillante qui traverse la Guinée comme une autoroute céleste. Une trajectoire parfaite, un tracé impeccable… exactement ce qu’on dessine quand on veut maquiller un vide. Cette ligne n’est pas une voie ferrée : c’est un surligneur géopolitique. La carte montre ce qu’on rêve d’inaugurer, pas ce qui existe réellement. Un futur emballé comme un présent, une anticipation vendue comme un accomplissement et validée par une institution qui, normalement, devrait vérifier avant de relayer.
La vérité technique, elle, ne négocie pas : le TransGuinéen n’est pas achevé. Les travaux majeurs sont encore en cours. Les tunnels ne sont pas tous percés. Des ouvrages d’art sont encore en armature. Le ballast manque sur des dizaines de kilomètres. Et les fameux rails ces 650 km brandis comme un trophée à chaque cérémonie dorment encore dans des entrepôts, rangés dans des conteneurs ou tout simplement en attente de pose.

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Mais lorsqu’un régime fragile a besoin de respirer politiquement, il fabrique des illusions. Et tant que des partenaires internationaux répètent sans vérifier, l’illusion se transforme en vérité provisoire. L’AFD, malgré elle, fournit même la caution graphique : une simple ligne jaune qui, par magie, devient un “chemin de fer”.
C’est précisément là que se glisse le piège : la carte transforme un chantier virtuel en infrastructure accomplie. Une promesse devient une réalité de papier. Un tracé devient un réseau. Un couloir imaginé devient un corridor opéré. C’est le syndrome du “chemin de fer invisible” : tout est là… sauf le chemin, sauf le fer, sauf le train.
Et pendant que les fiches se multiplient, que les partenaires se félicitent, que les tweets s’enflamment, et que les caméras du CNRD filment des locomotives posées sur 500 mètres de rails juste pour deux minutes de montage, la seule chose qui circule véritablement est la propagande.
Le rail, lui, n’a toujours pas quitté la fiction pour rejoindre la réalité. Et tant qu’on continue de remplacer les faits par des lignes jaunes, il ne le fera jamais.
Avec Siba Beavogui