Un, deux, trois. Comme un tour de passe-passe politique, le putschiste Doumbouya fait du bruit, convoque des chefs d’État, prépare une grande parade de campagne pour inaugurer le projet d’un homme qu’il garde lui-même en otage depuis trois ans, dans les ténèbres d’une détention arbitraire. La contradiction est d’une violence rare.
Ah monai… YAGUITAREYA PARADE NARA.
L’expression soussou qui surgit quand l’injustice franchit les bornes du supportable. C’est le cri d’une conscience outrée devant un acte si éhonté qu’il éclabousse jusqu’à ceux qui s’en glorifient.
Aujourd’hui, remontons le fil du temps.
Décryptons l’historique de cet échangeur que l’on tente d’effacer de la mémoire publique.
Le point de départ : Primature, 12 août 2021

Tout commence à la Primature de la République de Guinée, sous le leadership du fils de Moryah, Ibrahima Kassory Fofana. Nous sommes le 12 août 2021, exactement vingt-six jours avant le coup d’État du 5 septembre.
La publication officielle rendue publique ce jour-là rappelle, noir sur blanc, que le financement intégral des échangeurs de Bambéto et Cosa a été obtenu sous Alpha Condé.
Aucune zone d’ombre. Aucune possibilité de réécriture. L’acte existe, daté, signé, archivé. Cette preuve seule suffit à établir que le projet n’est ni né, ni négocié, ni financé sous le CNRD.
Mais allons plus loin. 8 août 2021 : la signature qui détruit la propagande.
La date cruciale est le 8 août 2021, soit quatre semaines avant le putsch.
Ce jour-là :
• le gouvernement civil signe un prêt concessionnel de 26 millions de dollars,
• l’accord est officiel,
• il est validé,
• il est photographié,
• il est publié.
Nous ne sommes pas devant une étude préliminaire, ni un rêve politique, ni une annonce sans lendemain. Nous sommes devant un financement exécutif, prêt à démarrer.
C’est un fait, un acte, un document.
Et les faits ne tremblent pas.
Le FADD : partenaire démarché sous Alpha Condé
Les images d’archives montrent clairement :
• Mohamed Seif Al Suwaidi, directeur général du Fonds d’Abou Dhabi pour le Développement,
• à côté de Mamady Camara, ministre guinéen des Finances de l’époque.
Ces images ne sont pas symboliques : elles valent acte juridique.
Elles confirment que le projet découle :
• d’une négociation diplomatique solide,
• d’un engagement formel de l’État guinéen,
• d’une ingénierie financière structurée,
• d’un accord international reconnu.
Rien, absolument rien, n’est né après le 5 septembre.
Rien n’a été imaginé, arraché, obtenu par les nouveaux maîtres du pays.
Ils ramassent ce qu’ils n’ont ni conçu ni mérité.
Un plan d’infrastructures piloté par un Premier ministre soussou… aujourd’hui emprisonné
Sous la direction du Premier ministre Kassory Fofana, aujourd’hui injustement privé de parole, le gouvernement avait initié un vaste programme de désengorgement de Conakry.

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Le communiqué de 2021 décrit précisément :
• deux échangeurs (Bambéto et Cosa),
• des ronds-points modernisés,
• des tunnels,
• des aménagements techniques,
• la fluidification de la Route Le Prince.
Le tout inscrit dans le Plan d’investissement public 2020–2025.

Ce projet n’est pas un fruit tombé après le putsch. C’est l’aboutissement d’un chantier planifié de longue date.
Et son géniteur croupit en prison.
Le paradoxe : ceux qui ont travaillé sont bâillonnés, ceux qui n’ont rien fait se proclament bâtisseurs
C’est là que le dossier devient moralement insoutenable.
Ceux qui ont porté le projet, négocié à Abu Dhabi, structuré les dossiers, coordonné les ingénieurs, signé les engagements… sont aujourd’hui empêchés de parler, privés de défendre leur œuvre, effacés de la scène publique.
Certains sont enfermés. D’autres sont neutralisés. Tous sont oubliés par un système qui les a sacrifiés.
Pendant ce temps, ceux qui n’ont rien initié, rien négocié, rien obtenu, se drapent dans un manteau de bâtisseurs.
Le mensonge n’a jamais été aussi insolent.
Une archive qui ridiculise la propagande du CNRD
L’image prouve que :
• le CNRD n’a pas négocié le prêt,
• il n’a pas signé l’accord,
• il n’est pas à l’origine du projet.
Pourtant, le régime coupe des rubans. Il réécrit l’histoire. Il imprime son nom sur le travail d’autrui. Il transforme des projets acquis sous Alpha Condé en trophées de transition.
C’est le mécanisme classique des pouvoirs usurpateurs :hériter, effacer, puis réécrire.
Ah monai… YAGUITAREYA PARADE NARA.
On célèbre ce qu’on a volé.
On humilie ceux qui ont œuvré.
On travestit l’histoire sous les caméras.
Mais il existe une loi simple : les faits ne meurent pas. Les images ne vieillissent pas. La vérité finit toujours par revenir.
Le mensonge court vite, mais il ne triomphe jamais. On peut étouffer un homme. On peut détruire une carrière. On peut manipuler une cérémonie. On peut remplir une place publique de banderoles.
On ne renverse pas la vérité. On ne bâtit pas une légitimité sur l’effacement de ceux qui ont servi.
On ne transforme pas un vol politique en victoire nationale. On n’étouffe pas les archives sous les applaudissements.
Le peuple voit. La mémoire retient. Et tôt ou tard, ceux qui ont parjuré l’histoire tomberont sous le poids de leur propre imposture.
Par Siba Béavogui