Quand 7 millions deviennent 20 millions dans le théâtre budgétaire de Simandou
Sous les applaudissements et les caméras, le régime a célébré l’arrivée des premiers wagons-citernes du Transguinéen comme un « pas historique » du projet Simandou. Mais derrière la photo officielle, la réalité des chiffres raconte une tout autre histoire. Chaque wagon, dont la valeur sur le marché international se situe entre 100 000 et 150 000 dollars, aurait été facturé jusqu’au triple, à près de 300 000 dollars l’unité. Ainsi, pour une flotte d’une soixantaine de wagons, le coût réel estimé à 7 à 9 millions de dollars grimpe artificiellement à 18 ou 20 millions. Une inflation silencieuse qui illustre l’écart abyssal entre communication triomphale et gestion opaque.
Une étude comparative confirme ce décalage. Le prix de référence d’un wagon-citerne standard de 60 à 70 m³ varie selon les zones : en Chine ou en Inde, 75 000 à 100 000 USD ; en Europe, 110 000 à 150 000 USD ; en Afrique du Sud, 90 000 à 130 000 USD. La moyenne réaliste tourne donc autour de 100 000 à 120 000 USD, hors transport et douanes. Une fois livré en Guinée, avec les frais de transport maritime (4 000 à 6 000 USD), d’assurance et de manutention (2 000 à 3 000 USD), le coût réel livré Conakry ou Morebaya s’établit à 110 000 à 140 000 USD l’unité.


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Or, selon nos sources, environ soixante wagons ont déjà été réceptionnés. Valeur réelle : 7,2 millions de dollars. Mais le récit officiel en fait un investissement d’une tout autre ampleur, en l’associant aux milliards du projet Simandou. Cette confusion volontaire entre matériel roulant (wagons, locomotives) et budget global (rails, tunnels, port minéralier, énergie, mines) permet de gonfler artificiellement l’impact et de brouiller les pistes.
Le mécanisme de fraude apparaît à plusieurs niveaux. D’abord la facturation gonflée : si chaque wagon est comptabilisé à 300–400 000 USD au lieu de 120 000, la marge occulte s’élève à 180–280 000 USD par unité, soit 18 à 28 millions pour cent wagons. Ensuite, l’opacité des appels d’offres : aucun document public ne révèle le fournisseur réel, ouvrant la voie à des sociétés-écrans achetant en Asie à bas prix pour revendre au projet à prix quadruplé. Vient enfin la manipulation budgétaire : en intégrant ces livraisons marginales aux “investissements stratégiques”, le régime justifie l’absorption d’enveloppes financières beaucoup plus larges. À cela s’ajoute l’usage d’exonérations fiscales détournées : les wagons, classés projet prioritaire, sont exonérés, mais les devis intègrent malgré tout des “taxes fictives” qui créent une marge supplémentaire.
La réception de wagons-citernes devrait être une étape normale d’un projet ferroviaire. Mais la mise en scène présidentielle, gonflée par des milliards promis, en fait un symbole parfait de l’opacité du Simandou 2040 : derrière la vitrine des “investissements historiques”, se dessine un système de surfacturation et d’enrichissement occulte.
Par Siba Beavogui