Les infos à la source

Le MATD dissout 40 partis politiques de l’opposition

Dans la nuit du vendredi 6 mars, le ministre de l’Administration du Territoire a publié un arrêté portant dissolution de 40 partis politiques, dont certains comptent parmi les plus grands et les plus représentatifs de l’électorat guinéen au cours des deux dernières décennies. C’est une première depuis l’instauration du multipartisme intégral dans les années 1990, sous l’égide de l’ancien président, feu le Général Lansana Conté, paix à son âme.

Depuis la prise du pouvoir par le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), le 5 septembre 2021, la volonté de faire disparaître les anciennes formations politiques, sous le slogan de la « refondation », semble être devenue une priorité absolue. Cette orientation s’est d’abord manifestée par l’expropriation des résidences du président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), M. Cellou Dalein Diallo, et de celui de l’Union des forces républicaines (UFR), M. Sidya Touré, suivie du déclenchement d’une procédure judiciaire contre le premier dans le fameux dossier « Air Guinée ».

Face à cette situation, ces leaders politiques ont été contraints à l’exil, accompagnés de sanctions tous azimuts contre leurs formations politiques, y compris l’ancien parti au pouvoir, le Rassemblement du peuple de Guinée – Arc-en-ciel (RPG Arc-en-ciel).

En refusant tout cadre de dialogue sur la conduite de la transition, le CNRD a unilatéralement installé les organes de la transition et engagé le processus vers l’organisation des élections référendaires et présidentielle, tout en excluant ces grands partis sous le poids de sanctions renouvelées. À cela s’ajoutent la fermeture de plusieurs radios et l’interdiction des manifestations, instaurées dès les premières heures de la transition.

Cette décision de dissolution apparaît comme la suite logique d’une disparition programmée des grandes formations politiques, au profit d’un nouveau parti de la mouvance, en l’occurrence Génération pour la modernité et le développement (GMD), actuellement en cours d’implantation, selon certains observateurs, avec des moyens de l’État, sous la conduite du Premier ministre Amadou Oury Bah, qui exigerait de tous les partis alliés de fusionner ou de disparaître.

- Advertisement -

- Advertisement -

La question fondamentale qui se pose est la suivante : peut-on imposer une formation politique par la force ou doit-elle s’imposer par la culture du débat contradictoire ?

Dans les grandes démocraties, les nouvelles formations politiques qui ont accédé au pouvoir l’ont fait par la force des idées et du débat. On peut citer l’exemple du parti La République En Marche ! d’Emmanuel Macron en 2017, qui a battu les partis traditionnels de gauche et de droite en France, présents depuis plus d’un siècle, sans jamais exiger leur disparition par décision administrative. Plus récemment, le parti PASTEF au Sénégal a réussi un exploit similaire.

Il convient également de rappeler que l’histoire a souvent donné raison aux partis politiques victimes de dissolution, qui ont finalement accédé au pouvoir. On peut citer, entre autres, l’African National Congress (ANC) en Afrique du Sud, le FRELIMO au Mozambique ou encore PASTEF au Sénégal.

La légitimité politique se conquiert ; elle ne se décrète pas. Une simple décision administrative ne mettra jamais fin à une conviction politique. Les coups de mitraillettes ne peuvent se substituer au débat démocratique. Il vaudrait mieux restaurer et réhabiliter ces grandes formations politiques afin de consolider l’héritage démocratique.

Par Honorable Youssouf Camara

A lire aussi