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Silence présidentiel : entre attente nationale et malaise démocratique (Par Yamoussa Bangoura)

Depuis le 1ᵉʳ octobre 2025, date du dernier discours présidentiel à l’occasion du 67ᵉ anniversaire de l’indépendance, la Nation vit au rythme d’un silence devenu pesant. Adoption de la nouvelle Constitution, victoire du « oui », candidature présidentielle, message du Nouvel An : autant de moments historiques passés sans adresse directe du Chef de l’État. Stratégie politique assumée ou erreur de gouvernance ? Ce mutisme interroge, inquiète et fragilise la relation entre le pouvoir et le peuple.

Car depuis cette date symbolique, le pays a traversé des étapes historiques majeures : l’adoption d’une nouvelle Constitution, la validation populaire par le référendum, l’entrée officielle du Président dans l’arène électorale, et même, moment traditionnel de bilan et de projection. Autant de rendez-vous manqués avec le peuple, autant d’occasions perdues de clarifier, d’expliquer et de rassembler.

Dans toute démocratie, la parole présidentielle n’est ni accessoire ni facultative. Elle est un acte de gouvernance, un outil de légitimation et un vecteur de confiance. En se murant dans le silence, le Chef de l’État laisse s’installer un vide institutionnel que les rumeurs, les interprétations partisanes et les doutes citoyens s’empressent de combler. Or, gouverner sans parler, c’est gouverner sans expliquer ; et gouverner sans expliquer, c’est fragiliser la confiance publique.

Certains voudront voir dans ce mutisme une stratégie mûrement réfléchie. Peut-être le Général devenu Président prépare-t-il un grand discours d’investiture, porteur d’espoir, mettant en avant des progrès économiques, politiques et sociaux, tout en annonçant de grandes réformes structurantes pour le pays. Cette hypothèse, si elle reste crédible, ne saurait toutefois justifier une attente aussi longue, dans un contexte national marqué par l’incertitude et l’exigence de clarté.

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Car la Nation traverse une période sensible et particulière. Les attentes sont fortes, les espoirs immenses, mais les inquiétudes bien réelles. Le pays attend aujourd’hui Monsieur le Président, non pas dans le silence des couloirs feutrés, mais dans l’espace public, face au peuple, pour impulser une dynamique positive de progrès, de développement durable et d’engagement collectif. Le moment appelle une vision, une direction, un cap clairement assumé.

Dès lors, la question centrale demeure : ce silence est-il un choix personnel du Président ou le résultat de conseils mal avisés de son entourage ? Est-il le signe d’une gouvernance prudente ou d’un pouvoir hésitant face à la parole publique ? L’argument de la transition ou de l’adaptation du militaire à la politique ne convainc plus. L’acclimatation du militaire au politicien n’a pas été aussi longue. Les actes politiques posés, les ambitions affichées et les responsabilités assumées prouvent que cette étape est désormais derrière nous.

Le risque est réel : à force de se taire, le pouvoir donne l’image d’une autorité distante, voire indifférente aux attentes citoyennes. Le silence prolongé finit par être perçu comme un refus de dialogue, et dans une République, ce refus est toujours porteur de tensions futures. Le peuple n’a pas seulement voté pour des textes ou des hommes ; il a voté pour une vision, une méthode et une parole de vérité.

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si le Président doit parler, mais quand et comment. Car dans toute démocratie vivante, le silence du pouvoir n’est jamais neutre. Et lorsqu’il dure trop longtemps, il devient un problème politique à part entière.

Par Yamoussa Bangoura, Président des Wonkifongkés de Paris

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