Enquête sur une direction sans existence légale qui engloutit plus de 30 milliards GNF par an en Guinée
Paradoxalement chargé de lutter contre l’indigence, le Fonds de Développement Social et de l’Indigence (FDSI) semble aujourd’hui incarner lui-même l’opacité, l’illégalité et la précarité. Enquête sur une institution publique sans statut, sans règlement intérieur, mais aux budgets colossaux.
Un EPA sans base juridique : une anomalie d’État
Créé pour faire face à l’extrême pauvreté et soutenir les populations les plus vulnérables, le Fonds de Développement Social et de l’Indigence devait être l’un des piliers sociaux de la refondation prônée par le Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya.
Mais à y regarder de près, une réalité troublante se dessine : le FDSI ne dispose ni de statut juridique, ni de règlement intérieur, en violation flagrante des lois et règlements qui encadrent les Établissements Publics Administratifs (EPA) en République de Guinée.
Pire encore, la Direction générale du FDSI ne figure même pas sur la liste officielle des EPA reconnus par l’État guinéen, ce qui pose une question fondamentale : le FDSI existe-t-il juridiquement ?
Selon plusieurs sources concordantes et des textes de référence, la réponse est sans ambiguïté : non.
Une direction hors-la-loi depuis décembre 2022
Depuis la nomination de Lansana Diawara à la tête du FDSI en décembre 2022, aucun effort n’a été entrepris pour doter cette structure d’un cadre légal conforme : aucun statut validé, aucun règlement intérieur adopté, aucune gouvernance institutionnelle claire.
En clair, la direction fonctionne en dehors de tout cadre normatif, laissant place à une gestion personnelle et discrétionnaire.
Et pourtant…
30 milliards GNF par an pour une entité juridiquement inexistante
Chaque année, plus de 30 milliards de francs guinéens sont alloués au FDSI par le budget de l’État. Sur quatre ans, ce sont plus de 120 milliards GNF qui auraient été mobilisés.
Comment ces fonds sont-ils décaissés ?
Selon nos informations, le seul décret de nomination du Directeur général servirait de base administrative pour engager et décaisser ces montants, en l’absence de toute autre pièce juridique fondatrice.
Un précédent extrêmement grave, qui interroge le ministère du Budget, le Trésor public, les organes de contrôle financier et, plus largement, l’architecture de la gouvernance publique.
Des travailleurs humiliés dans une structure censée lutter contre l’indigence
L’autre face de cette gestion hors-norme est humaine et elle est alarmante.

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De nombreux travailleurs du FDSI dénoncent :
des injures grossières,
des licenciements abusifs,
des blocages arbitraires de salaires,
une inégalité salariale flagrante,
un climat de peur et de répression interne.
Ironie tragique : les employés du Fonds de Développement Social et de l’Indigence seraient devenus plus indigents que les indigents qu’ils sont censés servir.
Questions centrales, silence assourdissant
Plusieurs interrogations majeures restent sans réponse :
Comment un directeur peut-il engager et décaisser des dizaines de milliards pour une structure sans existence juridique reconnue ?
Qui contrôle l’utilisation réelle de ces fonds publics ?
Où vont exactement les 30 milliards GNF alloués chaque année ?
Pourquoi aucune autorité n’a exigé la régularisation juridique du FDSI depuis 2022 ?
À suivre…
Cette enquête ne fait que commencer.
Les prochains volets s’intéresseront aux mécanismes de décaissement, aux projets financés, aux bénéficiaires réels, et aux responsabilités administratives et politiques.
Car derrière le silence institutionnel, l’argent public, lui, ne disparaît jamais sans laisser de traces.
Dossier suivre.
Azözöye Bangoura