À Boké, une société naît des cendres d’un retrait de permis. À Conakry, une stratégie opaque se dessine dans l’ombre du pouvoir. Et pendant que la Guinée s’endette pour payer ses fonctionnaires, elle se rêve en puissance raffineuse d’alumine. À quel prix ? Avec quels fonds ? Pour le compte de qui ?
Le décret du silence
Lundi 4 août, un décret présidentiel tombe. Sobre, administratif, mais lourd de conséquences. Le général Mamadi Doumbouya signe la création d’une société anonyme baptisée Nimba Mining Company SA (NMC). Objet : reprendre la concession minière retirée à Guinea Alumina Corporation (GAC) pour « non-respect » du Code minier.
Derrière cette décision juridique, un scénario bien connu en Afrique : celui d’un État prédateur qui retire des concessions au nom de la souveraineté pour les attribuer à des entités obscures, souvent contrôlées par un cercle restreint d’intérêts privés gravitant autour du pouvoir.
Une coquille vide pour un projet titanesque
La NMC est présentée comme une société anonyme dotée d’une autonomie financière, rattachée à Kamsar, sous la double tutelle des ministères des mines et des finances. Mais aucun élément public ne permet de savoir avec quel capital, quelle expertise, ou quels partenaires financiers la nouvelle entité espère transformer 690 km² de bauxite en richesse nationale.
Encore plus troublant : la Guinée annonce un ambitieux projet de raffinerie d’alumine. Or, selon les estimations internationales, le coût d’une raffinerie moderne de capacité moyenne (1 million de tonnes/an) se situe entre 800 millions et 1,2 milliard de dollars USD. Une infrastructure de grande envergure, comme celle évoquée dans les ambitions du corridor Simandou-Boké, pourrait même dépasser 1,5 à 2 milliards USD.
Question simple : où l’État guinéen, déjà étranglé par une dette croissante et sans fonds de garantie, trouve-t-il les moyens de financer un tel projet ?
Le mirage d’un consortium sino-français

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Des sources proches du dossier évoquent un « consortium élargi » reposant sur une garantie adossée au minerai de Simandou, piloté discrètement par une plateforme France-Chine mêlant anciens lobbies miniers et nouveaux oligarques proches du pouvoir. Si tel est le cas, le peuple guinéen doit exiger la publication intégrale du contrat, car il ne s’agit plus d’une entreprise nationale : il s’agit d’un montage financier potentiellement toxique, dissimulé derrière une façade publique.
NMC, le palais de l’économie sombre ?
Avec ce montage, la société NMC pourrait bien n’être qu’une structure de portage, utilisée pour faciliter des opérations d’endettement offshore, de transfert de titres miniers ou de captation de rentes futures. Bref, une coquille vide au service de l’économie criminelle mondialisée.
L’opacité du décret, l’absence de débat parlementaire, le silence des ministères, et l’exclusion de toute transparence citoyenne renforcent cette suspicion.
Appel à la vérité
Le général Doumbouya doit rendre public le contenu intégral des conventions minières liées à NMC. Le pays ne peut continuer à s’enfoncer dans des conflits d’intérêts, ni devenir l’otage d’accords confidentiels conclus dans l’arrière-cour des palais.
La Guinée ne peut pas raffiner l’alumine avec des illusions et des communiqués, encore moins avec des sociétés fantômes et des montages suspects. À défaut d’un sursaut de transparence, le peuple pourrait bien se réveiller avec une dette colossale sur le dos, et une économie minière sous contrôle étranger.
À suivre…
Prochaine enquête : Qui contrôle vraiment les flux de financement autour de NMC ?
Par Siba Béavogui, journaliste d’investigation