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Édito/ L’overdose de trop : autopsie d’une conscience sociale en décomposition!

La société guinéenne vit une overdose silencieuse mais ravageuse : celle qui piétine les fondements mêmes de la morale collective. Une overdose d’indifférence, de compromission, d’amnésie historique. Et en première ligne de cette déchéance, une frange de la jeunesse, jadis porteuse d’espérance, désormais phagocytée par l’irresponsabilité, la cupidité, et la fascination morbide pour un pouvoir sans conscience.

Le diagnostic est brutal : la soif du gain facile a supplanté l’éthique du travail. L’opportunisme a remplacé l’engagement. L’intégrité est devenue une monnaie rare, presque suspecte, dans un système où réussir signifie trahir, consommer, écraser.

La société civile, prétendument vigie démocratique, vacille. Une partie de sa jeunesse, au lieu d’incarner l’alternative, s’est transformée en courroie de transmission d’un pouvoir qu’elle aurait dû contester. Pire encore : cette génération, ivre d’une boulimie de reconnaissance et de visibilité, court après des privilèges qui excèdent ses capacités morales, trahissant ainsi l’honneur, le patriotisme, et les combats de ses aînés.

Ce n’est plus une crise morale. C’est une mutation génétique de la conscience collective.

La Guinéenne et le Guinéen d’aujourd’hui doivent choisir : persister dans cette dérive ou rompre le pacte du silence, redevenir dignes, redevenir justes, redevenir peuple.

À cette dérive s’ajoute une animosité rampante, doublée d’un manque de lucidité tragique chez une nouvelle génération de « jeunes leaders » forgés non pas dans l’épreuve ni dans l’éthique du combat, mais dans le confort perfide de la flatterie des mécènes qu’ils ont trahis. Ils renient ceux qui les ont hissés, les humiliant publiquement, troquant la vérité pour un vernis de légitimité. Leur ascension repose non sur le mérite, mais sur l’usurpation. Ils revendiquent un leadership qu’ils n’ont ni forgé, ni mérité, ni porté dans la douleur.

Ces héritiers impatients veulent voler les fruits d’un arbre qu’ils n’ont pas planté. Ils s’empressent de briser les racines de leurs pères spirituels, ces anciens qui, malgré leurs défauts, ont eu le tort suprême de croire, trop tôt, en la loyauté de ceux qu’ils ont portés. Ils ont nourri des ingrats, et ces ingrats sont devenus des renards déguisés en héros.

Et que dire des religieux ? Ceux-là mêmes qui, jadis porteurs de lumière et de sagesse, préfèrent aujourd’hui se draper dans le silence complice. Ils refusent d’assumer leur responsabilité morale face à la dérive dictatoriale qui gangrène la nation. Leur silence n’est pas neutre : il est une abdication. En détournant le regard, ils détrônent la morale, aggravent le déséquilibre socio-culturel et valident, par leur passivité, l’effondrement du lien sacré entre justice, vérité et foi.

Quant aux cadres, censés incarner le mérite et la vision, ils s’enfoncent dans la fange d’une bureaucratie vendue. Ils marchandent les décrets comme on vend des sacs de riz, bradent les nominations comme des produits de contrebande, et transforment la République en un marché noir d’ambitions serviles. Leur médiocrité est notoire, leur trahison minutieusement ourdie. Ils ne servent plus l’État : ils s’en servent.

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ace à ce naufrage collectif, l’urgence n’est plus seulement politique. Elle est morale. Ce pays a besoin d’un sursaut éthique, d’un réveil des consciences qui ne se contente pas de dénoncer, mais qui ose reconstruire. Il faut que surgisse une génération de rupture, non pas dans la posture, mais dans la structure. Une génération qui ne courbe pas l’échine devant les puissants, qui refuse les honneurs frelatés, les alliances corrompues, les silences achetés.

Mais comment régénérer une société lorsque les fondations mêmes de l’État sont pourries ? Lorsque la République a été transformée en entreprise familiale ? Lorsque le mérite a été remplacé par la docilité, la compétence par la flagornerie ? Le système politique actuel est un simulacre de gouvernance, un théâtre où les rôles sont distribués selon l’intensité de la soumission. Les institutions sont devenues des coquilles vides, animées par des acteurs cyniques, sans foi ni boussole.

Le pouvoir ne s’exerce plus : il se distribue en miettes, selon les caprices d’un régime caporaliste qui a troqué la souveraineté contre des contrats miniers opaques et des discours martiaux. Le président ne gouverne pas : il règne sur un champ de ruines, protégé par la peur et entretenu par la confusion. Tout s’achète, tout se vend : les lois, les postes, les consciences. Et pendant ce temps, le peuple regarde, résigné, anesthésié par les chants patriotiques qui cachent les cris de la misère.

Mais toute agonie appelle une naissance. Et si la Guinée doit renaître, ce sera par l’épreuve, par la vérité, par la réhabilitation du courage, de l’honneur, et de l’amour véritable de la patrie.

L’histoire ne pardonne pas les peuples qui s’égarent longtemps. Elle les observe, les avertit, puis les emporte. La Guinée est à ce carrefour. Ce pays, riche de ses douleurs et de ses rêves, ne peut plus continuer à survivre dans une spirale d’automutilation collective.

La jeunesse doit cesser de mendier des postes et commencer à construire des idées. Les religieux doivent redonner sa place au sacré dans la cité. Les cadres doivent cesser d’être des courtiers de décret pour redevenir des bâtisseurs de nation. Et le peuple, ce grand oublié, doit se lever non pas pour applaudir, mais pour exiger, pour corriger, pour libérer.

Le redressement moral ne viendra ni des palais ni des casernes. Il viendra des entrailles du peuple, de ceux qui refusent de pactiser avec le mensonge. Il viendra des sentinelles de l’honneur, des veilleurs de conscience, des bâtisseurs d’un patriotisme lucide et sans fétichisme.

Car si nous ne nous régénérons pas, alors d’autres viendront le faire à notre place — sans amour, sans mémoire, sans respect.

Et ce jour-là, ce ne sera plus une transition : ce sera une liquidation.

Par Siba Beavogui

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