Longtemps relégué dans les marges de l’anonymat, Bouna Sylla revient de l’Ouest canadien avec une réputation aussi vide que ses valises : aucun diplôme notable, aucune expérience probante, aucun réseau structurant. Après avoir erré pendant plus de dix ans dans les couloirs obscurs du régime Alpha Condé, sans jamais accéder à un poste de direction, il aurait pu rester à sa place – celle des seconds rôles. Mais l’histoire guinéenne, parfois tragique, a ses ironies : c’est sous la Transition du président Mamadi Doumbouya que ce figurant a trouvé enfin un projecteur… pour mieux organiser le pillage.
Derrière une façade de loyauté administrative, Bouna Sylla déploie une stratégie méthodique de captation des ressources locales à des fins personnelles. Il s’est emparé du contenu local non pour le valoriser, mais pour le détourner. Sa méthode ? Le camouflage technocratique. Son objectif ? L’édification d’un empire financier capable de garantir son avenir politique… et d’éviter les griffes de la CRIEF.
Ce que le régime Condé ne lui a jamais accordé, il espère aujourd’hui l’arracher dans l’ombre de Doumbouya. Mais sa loyauté est un leurre. De la Chine à Dubaï, en passant par l’Occident, Sylla tisse un réseau parallèle de flux financiers dissimulés, supposément au profit d’un “haut commandement” militaire, qui pourrait – en cas de délitement institutionnel – émerger comme plan B du pouvoir.

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Pendant ce temps, l’argent de Sunda Mining (SD) et de la Société Minière de Boké (SMB) abreuve son réseau d’influence, au détriment des opérateurs locaux, broyés ou écartés. Aux côtés de son complice, le très opaque Lancinet Dabo de BEGEC, il verrouille les circuits. Le pillage est maquillé en patriotisme minier.
Mais le masque se fissure. Car le “parrain” observe. Il connaît les hommes. Il les étudie. Et il a activé son radar contre ce duo nébuleux : les affairistes de SD Mining et leurs parrains militaires, avec en ligne de mire le désormais incontournable Général Balla Samoura — surnommé “le Lion” — commandant suprême de la gendarmerie, maître informel des mines et de la justice militaire.
Les jeux sont ouverts. La transition sera soit un redressement, soit une réplique silencieuse de la prédation passée. L’avenir dira si le Général Doumbouya saura voir clair… ou s’il restera, malgré lui, l’hôte aveuglé d’un serpent sorti de son trou.
Avec Siba Béavogui