Ce lundi, on commence la semaine avec une question qui dérange : que vaut une voix publique en Guinée aujourd’hui ?
Depuis quelque temps, Mamady Doumbouya, président autoproclamé du “changement”, semble avoir trouvé sa recette pour neutraliser la critique : offrir des cadeaux. Pas aux citoyens bien sûr, mais aux artistes, influenceurs, et autres figures publiques.
Voitures clinquantes, liasses bien ficelées, voyages de prestige… En apparence, de la générosité. En réalité, une stratégie bien rodée pour acheter le silence, ou pire, acheter le soutien. On ne parle plus ici de mécénat culturel ou de reconnaissance artistique, mais d’un système de clientélisme soft, déguisé en bienveillance présidentielle.
Et les noms tombent, un à un, comme les dominos d’une mise en scène savamment orchestrée. Grand P, Singleton, Tati Tati, Mama Ambiance, Kandia Kora, Azaya, Djanii Alfa, Alifa, Marcus et King Salaman du groupe Banlieuz’art, Fish Killer, Levi Bobo, Marie Fac, Saran Siré, Thierno Mamadou Bah, Mama Diaby, Sayon Bamba… La liste est longue. Tous bénéficiaires de présents présidentiels, dans un contexte où l’appartenance au cercle du pouvoir semble devenir la condition première pour espérer reconnaissance et privilèges.

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Mais au fond, est-ce vraiment le rôle d’un président ? Est-ce là sa mission principale : distribuer des biens personnels à des individus triés sur le volet, pendant que l’État tangue et que les priorités nationales brûlent ? Un président ne devrait-il pas se concentrer sur des politiques publiques solides, équitables et durables, plutôt que de jouer au bienfaiteur improvisé ? Cette pratique pose une vraie question de posture et de vision : gouverner, ce n’est pas séduire, c’est servir.
Et puis surtout, quelle image cela renvoie-t-il ? Celle d’un pouvoir qui, malgré des promesses de rupture, s’enlise dans les vieilles habitudes des régimes précédents : favoritisme, personnalisation du pouvoir, silence acheté à coup de privilèges. Où est donc passé le discours du “changement” ? À bien y regarder, ce n’est pas une nouvelle ère qui s’ouvre, c’est une vieille scène qui se rejoue, avec de nouveaux acteurs mais un script tristement familier.
Pendant que le peuple galère avec les coupures de courant, la misère dans les hôpitaux, l’insécurité et le chômage, certains préfèrent détourner les yeux… pour mieux tendre la main. Les critiques s’estompent, les voix fortes se taisent, les slogans de contestation se transforment en selfies présidentiels.
Alors, il faut poser les vraies questions : peut-on encore faire confiance à des figures censées incarner la liberté d’expression si elles deviennent complices silencieux du pouvoir ? Faut-il vraiment un 4×4 pour vendre son intégrité ? Et surtout, que restera-t-il demain quand les cadeaux seront partis… et que le peuple, lui, sera toujours là, les mains vides ?
La voix du peuple