Évaluation MAPS II vs Réalité du terrain guinéen! Voici ce que cache vraiment l’évaluation du système de passation des marchés publics en Guinée.
Le 16 avril, le ministre guinéen de l’Économie et des Finances, M. Mourana Soumah, a annoncé le lancement d’une évaluation nationale du système de passation des marchés publics selon la méthodologie internationale MAPS II. Présenté comme une avancée vers la transparence et la bonne gouvernance, cet atelier tombe pourtant à un moment de cynisme institutionnel, où la réalité de l’endettement opaque et des marchés frauduleux contredit les annonces officielles
MAPS II : Un outil pertinent… dans un système verrouillé
MAPS II (Methodology for Assessing Procurement Systems) est un cadre international reconnu. Il propose des standards exigeants d’évaluation des systèmes de commande publique. Mais encore faut-il que l’évaluation soit crédible, et surtout suivie d’effet.
Dans le cas guinéen :
• Aucune publication des contrats-clés (Simandou, Hypro Mining, infrastructures portuaires ou militaires).
• Aucun audit indépendant rendu public depuis 2021.
• Aucune sanction prononcée malgré les multiples scandales de surfacturation.
Évaluer un système sans transparence, c’est mesurer l’épaisseur du mensonge.
Une hypocrisie budgétaire à 4,5 milliards de dollars
Depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, le Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD) a contracté plus de 4,5 milliards USD de dettes, dont :
• Des emprunts chinois non documentés.
• Des crédits concessionnels sous-évalués.
• Des avances financières à remboursement différé, sans encadrement légal.

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À ce rythme, la dette publique pourrait dépasser 15 milliards USD d’ici 2030. Et pendant ce temps, on parle de réforme. Une réforme qui exclut volontairement les marchés les plus problématiques du champ d’évaluation.
Réformer le discours, pas le système
Ce lancement ressemble davantage à une opération de cosmétique institutionnelle qu’à un véritable tournant. Il s’agit de rassurer les bailleurs internationaux, d’orner les rapports d’un vernis technocratique… sans toucher au cœur du système : la prédation organisée.
• Où sont les mécanismes de recours citoyen ?
• Où sont les pistes de sanctions ?
• Où est la volonté politique de rompre avec l’opacité ?
Moderniser un système sans briser les circuits de l’impunité, c’est repeindre un bâtiment en ruine pour séduire des investisseurs.
Ce que réclame la Guinée, ce que mérite le peuple.
Si la réforme est sincère, elle doit commencer par :
• La publication immédiate de tous les contrats signés depuis septembre 2021.
• La mise en place d’une task force indépendante avec droit d’enquête.
• Une loi de transparence économique votée publiquement avec contrôle citoyen.
La redevabilité ne se décrète pas à l’hôtel Kaloum. Elle s’impose par des actes.
Tant que les contrats seront signés dans l’ombre et les dettes accumulées dans le silence, aucun atelier, aucun acronyme, aucune réforme MAPS II ne pourra sauver la gouvernance guinéenne de sa décrépitude morale.
Par Siba Beavogui – Journaliste d’investigation