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Enquête – l’autopsie de la dette Guinéenne

Plus de 4,5 milliards USD de dettes en moins de 4 ans : un gouffre sans fond ?

Une spirale d’endettement inquiétante

Depuis la prise de pouvoir par la junte militaire du CNRD en septembre 2021, la Guinée s’est engagée dans une course à l’endettement vertigineuse. En moins de quatre ans, le pays aurait contracté ou consolidé plus de 4,5 milliards de dollars de dettes, selon plusieurs sources économiques croisées.

Cet endettement record s’est accéléré en décembre 2024, avec le lancement par le ministère de l’Économie et des Finances d’un emprunt obligataire d’État de 2000 milliards de francs guinéens, équivalent à près de 230 millions USD. Cet emprunt, structuré autour d’un taux d’intérêt annuel de 12,5 % sur 6 ans, a été confié à Afriland First Bank, en tant que chef de file de placement.

Des objectifs flous, une communication bancale

Selon le gouvernement, les fonds levés visaient à financer le déficit budgétaire et à investir dans les secteurs de la santé, l’éducation et l’agriculture. Mais aucune répartition budgétaire publique détaillée n’a été communiquée à ce jour.

Pire, plusieurs institutions financières contactées par le ministère se sont montrées méfiantes et prudentes. Lors d’une réunion tenue en janvier 2025, le ministre de l’Économie aurait tenté de convaincre un panel d’investisseurs composé du directeur d’Afriland, des patrons des banques primaires, d’assureurs et d’organismes de prévoyance sociale.

Mais selon plusieurs sources proches du dossier, les doutes sur la capacité réelle de l’État guinéen à rembourser ont dominé les échanges. Les marchés financiers, eux aussi, ont exprimé une frilosité croissante, marquant un climat de défiance silencieuse.

Un effet boule de neige d’ici 2030 ?

Si ce rythme est maintenu, la dette publique guinéenne pourrait dépasser les 13 à 15 milliards USD d’ici 2030. Cette projection alarmante intervient alors même que :

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• Les grands chantiers (port, chemin de fer, infrastructures minières) peinent à voir le jour.

• Les revenus miniers sont captés dans des circuits opaques et non budgétisés.

• Aucune stratégie crédible d’assainissement fiscal ou de rationalisation des dépenses n’a été engagée.

Une dette sans débat, un avenir hypothéqué

L’un des éléments les plus troublants demeure l’absence de débat parlementaire, citoyen ou médiatique sur ces emprunts. En l’absence de transparence, l’endettement devient un outil de gouvernance autoritaire et non un levier de développement.

En trois ans, le CNRD a contracté davantage de dettes que certains gouvernements en une décennie. Et ce, dans un silence budgétaire absolu.

Conclusion : Le prix de l’opacité

Ce qui se joue à travers cet endettement massif, c’est la fragilité d’un État qui vit à crédit, sans cadre de gestion responsable, ni reddition de comptes.

Les générations futures hériteront d’une ardoise lourde, pour des infrastructures encore théoriques.

Par Siba Beavogui – Journaliste d’investigation

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